Affiche du film  Aviator
© Warner Bros. Pictures Canada

L'aviateur

Version en français
v.o.a. : The Aviator
26 juillet 2005

Prendre son envol

Photo Par Karl Filion
Les attentes étaient aussi démesurées que l'ambition de Howard Hughes pour ce nouveau film de Martin Scorsese mettant en vedette Leonardo DiCaprio et Cate Blanchett. Après le mitigé Gangs of New York et les classiques Taxi Driver et Raging Bull, le réputé réalisateur présente un film à grand déploiement qui ne prend malheureusement, malgré tout, jamais son envol. En définitive, L'aviateur n'est pas le chef-d'œuvre annoncé.

On retiendra surtout de cette aventure son manque de concision. Sa durée (2h44) devient sa principale lacune, surtout lorsqu'on se rend compte, en tant que spectateur, que plusieurs longs et accablants moments auraient pu être évités. Cette faille fait de l'ombre au travail efficace du réalisateur Martin Scorsese et à la prestation tonitruante de Leonardo DiCaprio, personnifiant un très complexe et déchiré Howard Hughes. Si leur travail en tant qu'artisans est presque irréprochable, le résultat final est presque insupportable tellement il est pesant, saturé.

L'histoire du milliardaire Howard Hughes n'est pas banale : tout jeune, il hérite d'une imposante fortune de ses parents et se lance dans l'industrie du cinéma, bénéficiant d'un contrôle absolu sur son œuvre. Passionné d'aviation, il s'applique à repousser les limites de son époque en concevant de nouveaux avions plus performants. Il se porte même acquéreur d'une compagnie d'aviation (TWA). Mais sa passion lui apportera, en plus d'importants démêlés avec la justice américaine corrompue, bien des malheurs, dont un grave accident lors d'un essai.

Leonardo DiCaprio détonne littéralement dans tous les aspects de son jeu, offrant un portrait durement réaliste de Hughes. Il s'est, semble-t-il, véritablement imprégné de son personnage si bien qu'il l'habite à travers toutes ses péripéties, de sa rencontre avec Katherine Hepburn jusqu'à cet accident impromptu. DiCaprio s'est même appliqué à travailler avec des professeurs pour s'approprier l'accent de Hughes, et il rend très bien le génie d'ingénierie du personnage. Il s'adapte aussi brillamment à l'environnement, constamment modifié, et sombre efficacement dans la folie destructrice de Hughes, pour se relever avec d'autant plus de puissance dans l'affrontement final avec le gouvernement américain.

Scorsese utilise très efficacement plusieurs techniques et plusieurs plans de caméra – il en fait pratiquement l'inventaire exhaustif – il exploite les possibilités de l'animation par ordinateur avec modération et il mélange les genres, sans parvenir cependant à donner de saveur convaincante à son récit, ni à partager d'émotion convaincante avec un spectateur lassé par tant de longueurs. Les décors, les costumes, et même pas DiCaprio, ne parviennent à vivifier l'ensemble, saboté par ses idées de grandeur. Le véritable mérite revient au directeur photo, qui a la responsabilité du visuel du film, qui est cette fois-ci indéniablement saisissant. Si les personnages vivent parfois dans des dépressions financières, le spectateur, lui, est entraîné bien malgré lui dans une paralysie cérébrale d'un film qui aurait bénéficié grandement de plusieurs coupures. Le risque d'une si grandiose aventure s'est avéré fondé.

Le problème avec L'aviateur c'est qu'en tant que portrait réaliste d'un grand américain – avec tout ce que ça implique – il n'est pas complet, et qu'en tant que divertissement, il est bien trop éprouvant. Pour vraiment savourer toutes les facettes de L'aviateur il ne suffit pas de se présenter aux guichets d'un cinéma pour se procurer un billet; seule une analyse détaillée et un œil dévoué à cette cause pourront apprécier à sa juste valeur tout le travail de ses artisans.
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Photo Karl Filion

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