Affiche du film  Karakara
© Métropole Films Distribution

Karakara

Version originale internationale avec sous-titres anglais
v.o.inter.s.-t.f. : Karakara
31 août 2012

La foi en l'humain

Photo Par Karl Filion

Lorsqu'on évoque ses amis, on parle de ce qu'ils nous apportent, humainement et personnellement, en espérant qu'on leur apporte à eux quelque chose d'équivalent. C'est pour cela que les amitiés naissent et s'éteignent, le plus souvent paisiblement, simplement parce qu'il n'y a plus rien à échanger dans une symbiose humaine où on évolue sans cesse. Pour cette raison aussi qu'une amitié qui n'est pas nourrie s'assèche rapidement. Mais qu'en est-il des opposés, des contraires? Que peut-on tirer d'une relation impromptue (et irrationnelle)? La question est bonne, et Karakara la pose. Et quoi de plus opposé qu'un professeur de littérature à la retraite québécois qu'une Japonaise mère de famille et enjouée?

Ce n'est que le contexte, puisque les coïncidences circonstancielles de ce film - l'amour, la violence conjugale, le voyage... l'opportunité, quoi - qu'on appelle le cinéma et qui sont nécessaires dans le cadre d'une oeuvre d'art, travestissent un peu la question afin de la rendre plausible. Mais on peut quand même en tirer des réflexions humaines riches et inédites. Dans Karakara, elle sont nombreuses et évocatrices, et elles sont développées minutieusement par le cinéaste Claude Gagnon qui, fort d'une expérience personnelle au Japon, y retourne six ans après son touchant Kamataki.

Karakara est donc un film sur les relations humaines, sur leur nécessité et sur leur richesse. Sans jamais insister ni souligner bêtement, en multipliant plutôt les opportunités (et non sans humour), le film s'avère touchant et délicat. Les mots d'esprit du personnage central démontrent une sagesse et une maturité qui devraient en inspirer plusieurs, lui qui est pourtant en plein apprentissage (comme quoi il n'est jamais trop tard). Quel est l'impact de nos gestes sur ceux qui nous entourent? Et si chaque geste que l'on pose en tenait compte, faisait l'équation des avantages et des inconvénients, non seulement par rapport à soi-même mais aussi aux autres? N'en serions-nous pas mieux?

Gabriel Arcand était l'acteur idéal pour incarner cet homme bien intentionné dont la vie est bouleversée - enfin, bouleversée, c'est vite dit, car la perturbation, mineure somme toute, apparaît graduellement, presque sans prévenir, à travers des moments de silence et de réflexion. On se dit ouvert, mais l'est-on vraiment? Voilà l'une des nombreuses questions évoquées par ce film, et la réponse est plus complexe qu'on ne le croit. Ce qui ne veut pas dire que Karakara ne souffre pas de quelques longueurs et redondances, surtout lorsque les deux personnages centraux sont séparés.

Dommage que la finale, pratiquement un « happy end » hollywoodien, ne propose pas une ouverture philosophique plus grande; elle est plutôt rassurante, salvatrice, mignonne, comme ne l'était justement pas ce film. Et comme ne l'est souvent pas la vie. Mais mettons ça sur le compte des coïncidences circonstancielles du cinéma. Un beau film, avec de belles personnes, qui vivent une belle histoire que l'on aimerait tous vivre. Voilà Karakara. De quoi redonner un peu d'espoir en l'être humain.

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Photo Karl Filion

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