Affiche du film Jumper : Franchir le temps
© Twentieth Century Fox

Jumper : Franchir le temps

Version en français
v.o.a. : Jumper
v.o.a. : Jumper (DLP)
13 février 2008

N'allez pas plus loin!

Photo Par Karl Filion
Quelques séquences d'action enlevantes ne parviennent pas à sauver de l'échec ce film confus et inachevé qui manque de sérieux. Les interprétations grandiloquentes et la réalisation bâclée ne font rien pour aider le scénario à se sortir de l'embarras dans lequel il s'est lui-même mis et qui est le mal d'un trop grand nombre de films de nos jours; une mode qui souligne la résurgence de la suprématie de l'attraction sur la narration dans le cinéma américain. Il y a beaucoup plus à montrer qu'à dire ou faire dans Jumper : Franchir le temps, et si on s'attarde ne serait-ce qu'un instant à réfléchir à ce qu'on voit, les failles se manifestent immédiatement. Et ce, même au-delà de son titre de film porno (« Le sauteur »).

À la suite d'un accident, David découvre qu'il possède un don extraordinaire. Il est capable de se déplacer à volonté n'importe où dans le monde simplement par la force de la pensée. Cela lui permet d'entrer dans le coffre-fort d'une banque sans ouvrir de porte, de faire du surf en Californie, de déjeuner sur le Sphinx et de s'amuser dans un bar de Londres dans la même journée. Mais les membres d'un groupe secret, les Paladins, sont à la poursuite des « Jumper » comme David et vont prendre en otage sa nouvelle petite amie (une fille qu'il aime apparemment depuis qu'il a cinq ans mais à qui il n'a pas parlé depuis huit ans sans raison particulière) afin de mettre la main sur lui.

Il n'y a pas dix minutes d'écoulées dans le film que les premiers désagréments se font sentir. D'abord, le personnage principal prend deux décisions extrêmement discutables : aller à New York pour essayer ses nouveaux « pouvoirs » (difficile de passer inaperçu) et vider complètement le coffre-fort d'une banque pour être bien certain d'attirer l'attention plutôt que d'en prendre modérément quitte à revenir (c'est si facile de toute façon!) plus tard. Et quel intérêt à pouvoir manger sur la tête du Sphinx si c'est pour être toujours seul? Incapable d'avouer son secret à quiconque, David devient plus agaçant que crédible quand il ne peut avouer (pourquoi, d'ailleurs?) à son amie qu'il peut se téléporter!

L'interprétation inanimée d'Hayden Christensen ne lui permettra pas de redonner un deuxième souffle à sa carrière; Samuel L. Jackson fait un fou de lui (comme il le fait dans un film sur deux) avec ses cheveux blancs ridicules est une grandiloquence maladroite et Rachel Bilson, supervedette chez les adolescents américains, ne justifie pas son passage du petit écran (la série The O.C.) au grand. Le réalisation de Doug Liman, souvent confuse, n'aide pas les acteurs à se sentir à l'aise dans cet environnement qui ne saisit l'atmosphère d'aucun des lieux visités. Les motivations du méchant Roland (« seulement Dieu devrait avoir de tels pouvoirs ») sont obscures et ses méthodes douteuses.

Les quelques combats et les nombreux effets-spéciaux fonctionnent assez bien, mais auraient été grandement plus efficaces si le film s'était dédié entièrement aux films de super-héros classiques. Un personnage principal plus conscient de ses pouvoirs aurait donné un peu de vigueur à ces duels inégaux qui vont de toute façon beaucoup trop vite pour des yeux de simple mortel. Une improbable et inutile course sans adversaire dans les rues de Tokyo confirme à nouveau que ce qu'a à offrir Jumper : Franchir le temps, c'est de la poudre aux yeux, des effets-spéciaux et rien d'autre.

Et il ne faudrait pas oublier la finale ridicule qui vient expliquer ce qu'on ne veut même pas savoir. Aucun intérêt, seulement de l'émotivité gaffeuse et des excuses forcées. On se demande encore qui apprécie ce genre de fumisterie ridicule, sinon dans une parodie.

Le film ne laisse pas une si mauvaise impression à première vue; c'est en y pensant un peu qu'on remarque les trous béants laissés par le scénario. Parce que l'envie de montrer ce que les ordinateurs peuvent faire était irrépressible, on n'a pas cru bon peaufiner (bon, réécrire dans ce cas-ci) le scénario d'une histoire et d'une idée pleines de potentiel. Mais avec juste une idée, on ne va pas très loin, même en se téléportant.
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Photo Karl Filion

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