Affiche du film State of Play
© Sony Pictures

Jeux de pouvoir

Version en français
v.o.a. : State of Play
17 avril 2009

On tue la une

Photo Par Karl Filion

Un bon vieux thriller à la John Grisham comme il ne s'en fait plus. Complots, adultère, motels miteux, relations secrètes, et, en bonus, le méchant n'est jamais celui qu'on croit. Pas question de réinventer quoi que ce soit, mais le film sait ce qu'il a à faire et il le fait bien. Les bons, les méchants, tout ça, ça change vite en politique, très vite même, et Jeux de pouvoir est assez rondement mené pour qu'on passe d'un à l'autre avec beaucoup de plaisir tout en état constamment stimulé par les rebondissements d'une intrigue complexe, complète et cohérente jusque dans les détails. Et même, autre plus-value, un commentaire à peine caché sur l'évolution du journalisme depuis l'avènement d'Internet.

Le membre du congrès Stephen Collins préside une commission d'enquête sur l'utilisation de vétérans de l'armée comme mercenaires par des compagnies privées. Un jour, cependant, son assistante meurt dans des circonstances étranges et leur liaison est dévoilée. Le journaliste Cal McCaffrey, ancien colocataire de Collins, mené par un autre cas, se retrouve mêlé à l'enquête qu'il mène avec une blogueuse du Washington Globe, le journal pour lequel il travaille.

Réalisé avec compétence par Kevin MacDonald, dont le récent The Last King of Scotland avait été fort apprécié, Jeux de pouvoir ne dédaigne pas un peu de confusion. Dès les premiers instants, les différents points de vue et indices nécessaires à l'intrigue sont dévoilés de manière assez cavalière, indice que le meilleur reste avec venir. Et c'est effectivement le cas. Le reste du film, près de deux heures, servira à en ajouter encore et encore. À ce titre, la finale, qui est quand même le maillon faible du récit, est une véritable tour de force simplement de ne pas imploser tellement les diverses couches et explications sont nombreuses. Quand on a affaire à un vrai thriller intelligent, on est tout simplement tenu de le féliciter.

Les comédiens, Russell Crowe en tête, sont tous excellents et parfaitement choisis. Bon, Helen Mirren donne un peu dans la caricature d'elle-même, mais la jeune Rachel McAdams est d'une grande efficacité, d'une grande retenue, idem pour Robin Wright Penn, alors que le film évite les effusions de larmes et autres moments émotivement chargés qui viendraient le faire dévier de son objectif.

D'autant que le commentaire, brûlant d'actualité, sur un journalisme du spectacle qui vient nuire à un journalisme d'enquête est, sans être trop appuyé, d'une justesse fort intéressante. Cette lutte pour la vérité et pour les faits ressemble presque à une lutte épique tellement les journaux, dans une quête divine de lecteurs, sont prêts à donner dans le prêt-à-publier. Sans dire que cela est vrai, disons à tout le moins que cela est réaliste, et c'est tout à l'honneur de Jeux de pouvoir.

Décidément, le film de MacDonald s'apprécie davantage tandis qu'il se dévoile et qu'il se digère. La minutie avec laquelle les intrigues et les interprétations sont menées en font un film classique d'une efficacité rare, en tout cas en 2009. Les efforts des cinéastes et ceux des spectateurs seront récompensés par le plaisir de pouvoir participer à une enquête (contrairement à Duplicité, plus tôt cette année) tout en étant diverti, et fort bien au demeurant.

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Photo Karl Filion

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