Affiche du film Je l'aimais
© Les Films Séville

Je l'aimais

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Someone I Loved
9 octobre 2009

La girafe

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Lorsque des scénaristes adaptent un livre pour le grand écran, ils ont souvent cette habitude instinctive d'être loquaces, de nourrir les textes de dialogues inutiles et d'utiliser la voix-off pour réitérer les mots des romanciers. Mais le cinéma est un médium d'images et ça, Zabou Breitman l'a compris. Un silence à l'écran est beaucoup plus significatif et vibrant que le sont les dialogues pour exprimer convenablement la puissance de l'amour. Alors que les personnages auraient pu exprimer leurs émotions, ils se taisent, et les font ainsi ressentir aux spectateurs. Il y a sans aucun doute de navrantes longueurs dans Je l'aimais, mais la qualité de la réalisation transcende la lenteur de l'oeuvre à plusieurs niveaux.

Après que son mari l'ait quittée pour une autre femme, Chloé se retire au chalet de Pierre, son ancien beau-père, avec ses deux petites filles. Une nuit, lorsque Chloé n'arrive pas à dormir, Pierre lui raconte comment il a laissé s'échapper le véritable amour. Elle s'appelait Mathilde, elle était traductrice et beaucoup plus jeune que lui. Bien qu'il ne voulait pas être infidèle à sa femme, il n'a pu s'empêcher de tomber amoureux d'elle dès le premier jour. Il avait bien envisagé de s'établir officiellement avec Mathilde mais le malheur qu'il occasionnerait à sa femme et toutes les complications ont eu raison de son amour pour la jeune voyageuse.

La québécoise Marie-Josée Croze (qui, étrangement, a un accent français lorsqu'elle parle français et québécois lorsqu'elle parle anglais) se débrouille très bien à l'écran, même souvent mieux que son confrère Daniel Auteuil qui, bien qu'un acteur de grand talent, a souvent un jeu mollasse, monotone.

La réalisatrice, Zabou Breitman, joue beaucoup avec la profondeur de champ. Souvent le focus n'est pas accordé au premier plan, laissant l'action principale dans le flou et attirant notre attention sur la futilité des lieux en arrière-plan, de leur existence en arrière-plan, de la nôtre. Le présent et le passé se croisent régulièrement, par exemple lorsque Chloé, étendue sur le divan, observe Pierre, plusieurs années auparavant, monter dans l'ascenseur pour rejoindre son amante. C'est une conjoncture intéressante et réfléchie qui permet aux spectateurs de rester attentifs et avides aux apothéoses des deux récits.

Au moins vingt minutes auraient pu facilement être retirées du film (notamment dans la longue introduction), mais bien que de pesants silences parsèment le long métrage, ce ne sont pas ces derniers qui amputent le récit. C'est plutôt le lot d'histoires secondaires (de son frère mort de la tuberculose au divorce de sa secrétaire) qui gavent la narration d'innombrables inanités. L'histoire bénéficie également de la forte image du couple isolé au coeur d'une ville bourdonnante comme Hong Kong. Sofia Coppola avait exploité ce portrait avec justesse et doigté dans Lost in Translation et Zabou Breitman l'a savamment effleuré à son tour.

Récit intimiste et humble, Je l'aimais partage des sentiments vrais et universels, parfois de manière lambine, mais toujours honnête. Bien que les acteurs ne soient pas constamment en parfaite communion, ils nous font vivre adroitement toutes l'ivresse et le lyrisme de la passion amoureuse. En fin de parcours, il ne reste qu'une question : ai-je fait le bon choix?

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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