Affiche du film Hannibal Lecter: Les origines du mal
© Alliance Atlantis Vivafilm

Hannibal Lecter : Les origines du mal

Version en français
v.o.a. : Hannibal Rising
9 février 2007

Un plat qui se mange froid

Photo Par Karl Filion
Alors qu'Hannibal Lecter a toujours été un être sophistiqué et complexe, le film qui doit expliquer son émergence est étonnamment simpliste et abruti. Son scénario prévisible ne pardonne pas, malgré un bel effort à l'interprétation et à la réalisation.

Hannibal Lecter est de retour. Et il subit la chirurgie esthétique à la mode : le prequel, film que l'on fait lorsqu'on sait qu'on tient, avec un personnage, un vrai filon mais que l'acteur l'incarnant n'a plus l'intérêt ou l'âge pour reprendre son rôle. Peut-être aussi commande-t-il trop d'argent.

Lecter fascine depuis sa naissance, dans les livres de Thomas Harris comme des les films de Michael Mann, Jonathan Demme, Ridley Scott et Brett Ratner. Et après Brian Cox et Anthony Hopkins, Gaspard Ulliel enfile le sourire manipulateur et l'oeil aiguisé du tueur en série le plus insaisissable de l'histoire du cinéma. Malheureusement, il est ici méconnaissable.

En Lituanie en pleine Deuxième Guerre mondiale, le jeune Hannibal Lecter et sa soeur Mischa sont capturés par un groupe de mercenaires affamés. Ils choisiront d'assassiner et de manger la fillette, ce qui déchaînera chez le jeune Hannibal une soif de vengeance qu'il tentera d'assouvir, des années plus tard, alors qu'il rejoint sa tante en France pour poursuivre des études en médecine.

Après l'excellent Une jeune fille à la perle, Peter Webber s'attaque littéralement à un mythe, plus grand que ses interprètes semble-t-il, mais qui ne vit certainement pas aussi bien que sous les traits d'Anthony Hopkins. Pas que le jeune Gaspard Ulliel y soit vraiment pour quelque chose - sa performance demeure d'une grande efficacité - ce sont plutôt les dialogues mièvre d'un déroulement inégal qui rendent le film, malgré sa grande beauté, aussi intéressant qu'une chronique de bas de page dans le journal du dimanche. Ce n'est pas le même Lecter qui a assassiné son voisin de cellule sans quitter la sienne. Ses facultés de déduction, d'analyse, de répartie paraissent bien pâles, ses méthodes aussi, même si elles sont filmées avec beaucoup de savoir-faire et un oeil avisé.

Harris écrit lui-même le scénario adapté de son propre livre du même nom. Lent à démarrer et lent à se terminer, le film propose souvent des dialogues maladroits, mélodramatiques et venteux. Répétitifs aussi, son discours sur la vengeance manque de vigueur et sa révélation finale tombe-à-plat. Ulliel fait tout ce qu'il peut pour sauver le moment, qui demeure l'un des meilleurs du film qui n'en compte que très peu.

D'autant qu'on tombe rapidement dans la rhétorique simpliste du bon et du méchant, où celui qui commet des horreurs punit celui qui en a commis des pires. Le méchant est simpliste et stéréotypé, et Lecter remporte ses nombreuses batailles grâce à sa force physique et rarement avec son intelligence. Méconnaissable.

Même pas de plaisir coupable, même pas de satisfaction sadique, seulement de la violence et des morts, filmées avec goût certes, mais rien à voir avec un bon chianti et des fèves au beurre.
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Photo Karl Filion

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