Affiche du film  Gravité
© Warner Bros. Canada

Gravité

Version en français
v.o.a. : Gravity
4 octobre 2013

Icare

Photo Par Karl Filion

Il y a bien peu de films aussi attendus que Gravity cette année. La signature que s'est forgée Alfonso Cuarón au fil des ans et des films laissait présager une expérience sans pareil. Dans l'espace, en apesanteur, 90 minutes, deux acteurs, Sandra Bullock et George Clooney, qu'en est-il? Une expérience unique, qui repousse effectivement les limites de la fiction, mais qui tombe tout de même dans certains des mêmes pièges qu'à l'habitude. Visuellement, il y a certainement un avant et un après Gravity, comme il y a eu un avant et un après The Matrix. Mais on est loin de la même ampleur philosophique.

Dès l'introduction, le long métrage démontre ce qui seront ses qualités principales : les comédiens, efficaces dans ces rôles surtout vocaux et dans un contexte presque exclusivement numérique, et les images numériques - justement - d'une beauté prenante. Époustouflant. Et dans la première moitié du film, Cuarón parvient à maintenir une tension inouïe, puisque tout est à découvrir : les dangers de l'apesanteur sont inédits, à cette échelle, au cinéma, et le vide sidéral est une menace qui n'a pas beaucoup d'equivalent et qui rend les humains impuissants. Cette constatation nous frappe d'abord de plein fouet, et on est prisonnier de ce film, qui sait parfaitement bien ce qu'il fait.

Si on n'est habituellement pas le plus grand fan de Sandra Bullock, on doit ici dire qu'elle est absolument parfaite pour le rôle, et qu'aucune des (nombreuses) autres actrices pressenties n'aurait pu rendre ce personnage plus crédible. Clooney aussi, même s'il est plus effacé, est efficace, et son apport humoristique est considérable au travers de toute cette tension (à défaut d'être entièrement crédible, en archétype américain).

On disait plus tôt que Gravity « repoussait les limites de la fiction ». Ne devrait-on pas de la « science-fiction »? Justement, non. C'est là l'originalité et la grande innovation du film; on a l'impression de vivre un film classique, dans un contexte inédit, qui change complètement la donne. Jusqu'à ce que le long métrage tombe exactement dans les mêmes pièges que les suspenses « terrestres ». Malheureusement la finale est loin d'être assez épique pour clore ce film si particulier.

Les obligations d'un cinéaste dans le contexte du cinéma hollywoodien (spoiler (mais pas vraiment), sélectionnez le texte : euphémisme pour dire que l'héroïne ne meurt pas), rendent le dénouement moins prenant. Une fois que cela est établi, le film laisse paraître quelques longueurs et redondances que la finale ne parvient pas à rattraper.

Ce qu'il manque à Gravity, c'est une notion de poésie. Regarder la planète Terre du haut de l'espace doit être une expérience métaphysique spirituelle sans commune mesure. Regarder Gravity ne l'est pas. Pourquoi? Parce que la spiritualité y est élémentaire et simpliste. La leçon pas à la hauteur de l'illustration. Et puis parce que le cinéma « fausse » un peu les données, parce qu'on ne s'arrête pas une seule seconde pour comprendre et assimiler la gravité de la situation. Comme si (et c'est le cas), tout était manipulé. Lorsqu'on le sait, l'illusion fonctionne moins bien. Certes, la beauté demeure.

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Photo Karl Filion

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