Affiche du film  High-Rise
© SVbiz Inc.

Gratte-Ciel

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : High-Rise
25 mai 2016

Méchant bordel

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma britannique étant reconnu pour ses vieux routiers qui ont tous plus de 70 ans (les Loach, Leigh, Scott, Gilliam, Greenaway, Davies, Roeg et autres Watkins), il est rafraîchissant de constater qu'une relève solide est en train de se former. Pensons seulement à Lynne Ramsay, Jonathan Glazer et Andrea Arnold. Un des réalisateurs les plus prometteurs est Ben Wheatley qui, après un premier long métrage assez ordinaire (Down Terrace), a coup sur coup enchaîné avec les beaucoup plus satisfaisants Kill, Sightseers et A Field in England. Des oeuvres jouissives et viscérales qui mélangent adroitement les genres tels l'horreur et la comédie.

Un esprit malin et décalé qui a décidé de transposer un livre phare de J.G. Ballard, immense auteur de science-fiction et d'anticipation parmi les plus importants du siècle dernier. Un romancier tordu dont les visions, fascinantes, ont déjà été adaptées au cinéma par Steven Spielberg (Empire of the Sun qui était plus autobiographique) et surtout David Cronenberg avec son inoubliable Crash qui demeure probablement son film le plus abouti et maîtrisé.

Sans être aussi fulgurante, la version cinématographique de High-Rise possède tout un potentiel. Rarement une allégorie aura été aussi aboutie. Cette quête de quiétude d'un docteur (Tom Hiddleston) dans une tour où les classes sociales dominantes se retrouvent au sommet et les moins nantis en bas est d'une efficacité redoutable. Impossible de ne pas prendre le récit comme une fable du capitalisme sauvage qui détruit les idéaux des années 60 et 70, remplaçant le sexe par le sang, la morale par l'argent. Une charge caustique, ironique et teintée d'humour noir qui n'est pas sans rappeler l'encore plus réussi Snowpiercer et qui se termine même avec un discours de Margaret Thatcher.

Cette désintégration lente et progressive de l'essence humaine au même titre que le gratte-ciel qui tombe en ruine s'avère cependant un peu redondante. Les scènes de party, de copulation et de brutalité se succèdent sans nécessairement enrichir le discours en place. L'hommage au classique A Clockwork Orange est bien là, c'est la finition qui fait défaut. Le scénario superficiel, parfois simpliste et faussement provocant est volontairement chaotique et cauchemardesque et ces visions anarchistes ne sont pas toujours évidentes à décoder lorsqu'il y a autant d'éléments mal expliqués.

Le cinéaste comble ce vide par une mise en scène spectaculaire, percutante et énergique, où les plans de caméras impressionnent constamment. La superbe musique de Clint Mansesll joue sans cesse de contrastes et le groupe culte Portishead se permet même de s'approprier une pièce lumineuse d'ABBA en la faisant bercer dans l'obscurité. Connu principalement comme étant le méchant Loki chez Marvel, Tom Hiddleston trouve un rôle à sa mesure, déployant tout le talent déjà entrevu dans The Deep Blue Sea et Only Lovers Left Alive. S'il y en a un qui peut succéder à Daniel Craig en James Bond, c'est bien lui. Il est secondé des toujours solides Sienna Miller, Luke Evans, Elisabeth Moss et de l'omniprésent Jeremy Irons.

Facile à aimer et à détester - et parfois même les deux en même temps - pour son trop-plein d'ambitions et d'imperfections, High-Rise est un opus qui sort définitivement des sentiers battus et qui procure de grands moments de joie, de malaises et de libération. L'idéal afin de s'initier à la filmographie encore plus éclatée de Ben Wheatley et pour se plonger dans les desseins essentiels de Ballard. 

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Photo Martin Gignac

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