Affiche du film  Grandes personnes
© Sony Pictures

Grandes personnes

Version en français
v.o.a. : Grown Ups
24 juin 2010

Il y a un public pour ça

Photo Par Karl Filion

Si on conçoit Grown Ups comme un film américain destiné au public américain, on comprend ce que ce dernier pourra bien lui trouver. Une bonne dose de patriotisme, des humoristes (dont le talent est ici gâché par l'humour gras qu'on leur impose), et une sorte de résumé de leur mode de vie : l'importance de la vie de famille, la richesse (ou l'apparence de richesse) comme marque de succès, impressionner ses amis avec la beauté de sa femme (ou de ses filles), élever ses enfants comme bon nous semble et se réconcilier à la fin. Mais ce processus est long, surtout lorsqu'il est parsemé de vulgarités (des jokes de pets, vraiment?). Au total : quelques rires seulement, causés par les seules blagues qui ne sont pas tout simplement prévisibles et/ou ratées. Et il y en a assez peu.

Trente ans après leur victoire décisive dans un championnat de basketball scolaire, cinq amis se retrouvent pour les funérailles de leur ancien entraîneur. Ils louent une maison près d'un lac afin de passer un week-end ensemble. Lenny est très riche et a une femme magnifique mais ses enfants sont trop gâtés, Eric est heureux en ménage, Marcus est toujours célibataire, la femme de Rob est beaucoup plus âgée que lui et celle de Kurt est enceinte. Pendant un court week-end, ils font renaître la complicité qui les unissait. Ils réalisent aussi qu'ils n'ont finalement pas beaucoup changé.

Adam Sandler, Rob Schneider, Kevin James, Chris Rock et David Spade incarnent ces grands enfants qui n'ont pas grandi. Mais les choses ne sont plus comme avant, et au cliché des enfants qui envoient des messages textes et qui jouent à des jeux vidéos plutôt que de jouer dehors, on ajoute le cliché du célibataire endurci, celui des filles sexy d'un père qui ne l'est pas (et de leur soeur laide), celui des femmes, contrôlantes mais compréhensives et celui des enfants trop gâtés (j'en oublie sûrement). De quoi pourra-t-on rire si on connaît déjà tous les éléments?

Dennis Dugan, qui ne fait pas preuve d'une grande inventivité non plus, ne parvient pas à épicer suffisamment le tout pour que le mélange fonctionne : s'il est efficient, compétent dans une certaine mesure, il n'est certes pas efficace, se perdant lui aussi en facilités et en répétitions inutiles. Il faut dire que le scénario ne propose pas grand chose, en dehors d'individus qui se blessent en faisant quelque chose d'idiot.

Les femmes sont des accessoires et servent quand on a besoin d'un revirement dramatique ou d'une blague (douteuse). Il n'y a aucune cohérence, pas de fil directeur, seulement des blagues disparates sans lien entre elles. Il y a bien quelques rictus, quelques rires, deux ou trois bonnes idées. La plupart du temps, on ne rit pas parce que c'est drôle, mais parce que c'est gênant ou douloureux. Le rire, ça peut aussi être un réflexe, et sa valeur est proportionnelle à sa durée : presque microscopique.

Adam Sandler et ses acolytes ont tous beaucoup d'expérience en humour et au cinéma. Certains admirent même leur carrière (faut dire que Sandler a quelques bons coups). Mais qu'y a-t-il à espérer d'un humoriste qui ferait constamment les mêmes blagues, qui répéterait sans arrêt le même numéro? Il faut évoluer, se réinventer, proposer de nouvelles choses. Avec Grown Ups, le constat est on ne peut plus clair : ils n'ont pas évolué du tout. Mais le public s'en satisfait, alors où est l'urgence?

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Photo Karl Filion

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