Affiche du film  Felix & Meira
© Funfilm Distribution

Félix et Meira

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Félix and Meira
29 janvier 2015

La Vénus du Mile-End

Photo Par Martin Gignac

Les romances impossibles. Il y en a tellement eu au cinéma que le concept en devient presque cliché. Il faut se lever tôt pour apporter un tant soit peu de surprises à ce genre usé jusqu'à la moelle. Le réalisateur Maxime Giroux y est pourtant arrivé avec Félix et Meira.

Il a compris que tout passe par les acteurs. Ce sont les principaux vecteurs de l'histoire, et encore plus avec une intrigue parsemée de pièges sur une jeune mère hassidique mariée qui s'éprend d'un Québécois pure laine et rebelle dans l'âme. Bonjour la jalousie du mari et les chocs culturels. Une transition qui devient crédible grâce à la prestation exemplaire d'Hadas Yaron. Cette actrice trop peu connue a défendu un rôle similaire dans Fill the Void et elle offre une autre partition nuancée, sensible et fébrile tout à la fois. Sa Meira marque les esprits, faisant autant rire que pleurer, permettant l'identification immédiate du spectateur.

Face à elle se trouve Martin Dubreuil qui, débarrassé enfin de ses tics et de ses personnages de méchants, campe un amoureux tout à fait à l'aise. Le comédien qui crevait l'écran dans Bunker et Chasse au Godard d'Abbittibbi montre une autre facette de son talent, étant tour à tour touchant et attachant. Ce duo est si intrinsèque qu'il éclipse complètement la troisième roue, l'époux éconduit, que Luzer Twersky tente de personnifier du mieux qu'il peut malgré son caractère bidimensionnel.

Une fois bien en selle avec ses interprètes, le cinéaste et son coscénariste Alexandre Laferrière développent un récit nuancé sur des êtres marginalisés et fragilisés qui tentent d'échapper au joug de leur communauté, que ce soit le poids des traditions, de la religion ou du capitalisme. Une émancipation qui rompt l'isolement, rappelant par le fait même celle de Roméo Onze, autre long métrage d'ici sur ce Québec moderne et multiculturel.

La mise en scène à fleur de peau embrasse parfois le conte, créant des moments plus ludiques et d'autres carrément bouleversants, où l'avenir n'est jamais tout à fait rose ou noir. Les images baignées d'une photographie céleste parlent d'elles-mêmes, un peu trop d'ailleurs. Le symbole est omniprésent et il peut s'avérer pesant. Après une première séquence qui résume un peu trop ce qui va suivre (une femme remplit une coupe qui déborde), il y a ce long parallèle avec la souris et la trappe, le jeu de ping-pong où les âmes sont constamment secouées gauchement (une scène qui évoque un classique d'Antonioni), le rôle des cheveux et de la barbe en tant que simulacre identitaire et l'air glacial du dehors qui cristallise les émotions.

Ces clés un peu trop évidentes à saisir peuvent s'expliquer par le désir de Maxime Giroux de se rapprocher de son public après deux oeuvres nécessaires mais arides et obscures (Demain, Jo pour Jonathan). Denis Côté l'a fait avec Curling, Rafaël Ouellet avec Camion et c'est à son tour de laisser entrer un peu de lumière et de chaleur humaine dans son cinéma. Cela ne fait pas de tort en autant qu'il ne sacrifie pas son essence propre et à voir Félix et Meira, il y est parvenu. La prochaine fois, il faudra seulement essayer de concocter une bande-annonce plus accrocheuse qui n'en révèle pas trop...

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Photo Martin Gignac

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