Promesse de l'ombre

Version en français
v.o.a. : Eastern Promises
14 septembre 2007

La serviette est tombée, je répète, la serviette…

Photo Par Karl Filion
Cette incursion dans le monde de la mafia russe londonienne n'a, vue de l'extérieur, rien de très attirant. Les gorges tranchées et les plaies ouvertes sont ostensibles et délibérées, dans un monde où les tueurs côtoient les violeurs, où la prostitution implique des mineurs et où on se bat, nu, dans un sauna. Pour Cronenberg, on le sait maintenant, le réalisme est au service du style et d'un propos sensible, inavoué derrière une cruauté incarnée.

À Londres, un soir de décembre, une adolescente enceinte se présente à l'hôpital où travaille Anna, qui va tenter de faire traduire le journal intime de la jeune fille afin de retrouver sa famille. Mais c'est bientôt la mafia russe qui s'intéresse au document compromettant.

Viggo Mortensen est le joyau de cette production. Dans un rôle monumental maîtrisé jusqu'au bout des ongles - et c'est le cas de la dire - il demeure extrêment crédible et s'abandonne sans retenue à un destin qui devient le sien. Dans une scène d'anthologie où il affronte deux tueurs dans un sauna, sa serviette tombe, et le voilà flambant nu. Ce ne pourrait être qu'un anecdote, qu'un détail sans importance, c'est pourtant la confirmation que Cronenberg et Mortensen font le pari que la réalité existe et peut être saisie, et que les compromis ne servent pas l'expérience cinématographique.

La réalisation sensible de Cronenberg s'efface d'ailleurs souvent pour laisser le personnage briller, crédible et déterminé. Le film ne mise même pas sur un revirement dramatique pour fonctionner, ce sont plutôt les scènes et l'oeil patient mise en scène du réalisateur qui saisissent et présentent le mieux les recoins de l'âme humaine.

Malheureusement, tout n'est pas aussi réussi dans Promesses de l'ombre. D'abord, le personnage d'Anna manque de charisme, éclipsé de toute façon par celui de Nikolai et la performance de Mortensen. Ses problèmes familiaux et son passé sont inutiles et trichent un peu vers un sentimentalisme déplacé qui atteindra, à la fin, le paroxysme du racoleur, comme pour se réconcilier avec le public. Pas du tout nécessaire.

Mais ce sont les bons moments qui hantent encore plusieurs jours après la projection, signe qu'ils sont plus nombreux que les moins bons.

Bien sûr, on ne saisit pas le réel, on ne peut qu'y prétendre. C'est pourtant de cette manière-là, en jouant sans complexe et sans pudeur, qu'on se rapproche le plus du compromis que peut offrir le cinéma en matière de réalisme et qui se compare à ce qu'on dit aux enfants quand vient le temps d'afficher leur horrible dessin sur le réfrigérateur : « C'est beau. » Bien sûr que non, et pourtant oui, c'est ça, ça existe, maintenant tout de suite et ici, et l'avoir fait est déjà impressionnant. Quand c'est David Cronenberg qui appose sa signature à une vision du monde, c'est pour montrer sa belle cruauté, sa magnifique horreur. Un film inspiré, original et audacieux.
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Photo Karl Filion

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