Affiche du film  Diego Star
© Métropole Films Distribution

Diego Star

Version originale en français
6 décembre 2013

Intimité partagée

Photo Par Karl Filion

Les premières minutes de Diego Star laissent perplexe, pour autant de bonnes raisons que de mauvaises. Alors que se produit un incident sur un bateau, on constate un rapport de force indécent et évocateur entre patrons et ouvriers, pris en otage par les menaces de ceux qui, selon leur volonté, les paient ou non; un rapport qui donne le ton au film et qui lui suggère ses thèmes de justice et d'honnêteté. On constate aussi quelques maladresses, à cause d'un enjeu - l'incident sur le bateau, l'élément déclencheur - faible, miné par des interprètes peu assurés. Heureusement, le récit se resaisit par la suite, et s'avère surtout efficace dans les moments d'intimité partagée entre les deux personnages principaux.

Diego Star se joue sur deux fronts : il expose assez simplement une situation d'injustice sociale, de chevalier noble et juste face à plus fort que lui, alors qu'il est peu à peu abandonné par ses compagnons de lutte (un champ lexical se révèle ici) et les autorités. Puis, dans un tout autre ordre d'idée (mais sans doute pas complètement), celui de la rencontre improbable entre Traoré, mécanicien venu d'Afrique, et Fanny, mère monoparentale lévisienne. C'est dans cette rencontre que le long métrage est le plus efficace et le plus inédit, dans cette subtile histoire-pas-vraiment-d'amour simple et évocatrice, qui tire pleinement profit du talent de deux interprètes.

Les prestations d'Issaka Sawadogo et de Chloé Bourgeois (vue dans Tout est parfait) sont poussées par une intensité réaliste fascinante qui s'inscrit aussi dans ce sous-texte social. Les deux transmettent cette intensité sans même jouer, simplement par leur présence qui est habilement cernée par le réalisateur, non seulement à travers sa caméra, mais aussi par des dialogues naturels et crédibles, qui évoquent la vie de famille abandonnée par Traoré. On ne peut malheureusement pas en dire autant des acteurs secondaires, qui sont souvent maladroits et moins à l'aise avec le texte. Dommage.

Dommage aussi qu'on abandonne progressivement cette trame pour explorer celle impliquant Traoré et sa lutte pour conserver sa dignité, alors qu'on l'accuse d'être responsable de l'incident sur le bateau. La suite est prévisible, et quoique tragique, elle inspire peu d'émotions, sans doute parce que le discours politique est immanquable. En fait, à quelques moments lors du dénouement, la simplicité dans la distinction entre bons et méchants (surtout chez les personnages secondaires) affaiblit les rapports de force et mine la profondeur psychologique.

Traoré, abandonné par tous ses alliés, devient une victime trop élémentaire pour inciter à l'empathie, et le long métrage perd ainsi que sa force dramatique. En théorie, on comprend bien les implications morales et humaines ambiguës dans le traitement réservé à Traoré, mais on ne les vit que partiellement.

Tout de même, dans ces moments de flottement thématique, les qualités de Diego Star demeurent, notamment le jeu des comédiens principaux et la réalisation maîtrisée et sobre. Diego Star est certainement un film intéressant, et Frédérick Pelletier sans doute un auteur à surveiller, même si de toute évidence le long métrage n'est pas parfait.

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Photo Karl Filion

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