Affiche du film  De l'eau pour les éléphants
© 20th Century Fox

De l'eau pour les éléphants

Version en français
v.o.a. : Water for Elephants
22 avril 2011

Le monde est un cirque

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Une bonne histoire, bien racontée et savamment incarnée; un amalgame synonyme d'efficacité dans un monde où les bons récits sont souvent noyés par les clichés prévisibles et les interprètes ennuyants. Water for Elephants, inspiré du roman éponyme de Sara Gruen, entraîne le spectateur dans un univers qui lui est étranger, celui du cirque durant la Grande Dépression aux États-Unis. Déjà, les prémisses permettent d'espérer davantage que ces langoureux drames romantiques contemporains dont on connaît le dénouement avant le début du générique d'ouverture. Le long métrage est bien sûr teinté de quelques répliques faciles - « Tu es belle, tu aurais mérité une belle vie » est probablement la pire d'entre toutes - et de plusieurs séquences peu innovantes - le baiser volé dans la ruelle est presque devenu un classique de ce genre cinématographique - mais, malgré leur aberrance et leur mièvrerie, elles ont prouvé leurs efficacités respectives et sont maintenant gage de succès auprès d'un auditoire romantique.

Pour réussir un film sentimental, la chimie, l'attirance entre les deux personnages principaux est une donnée non négligeable, un attribut essentiel. Ici, les affinités de Reese Witherspoon - magnifique et envoûtante - et de Robert Pattinson sont indiscutables, et ce, malgré le stoïcisme de ce dernier (Pattinson a la même expression sévère qu'il incarne un vampire torturé ou un jeune garçon idéaliste). Christoph Waltz nous rappelle quant à lui pourquoi il a remporté un Oscar et pourquoi il est maintenant si prisé à Hollywood; il peut insuffler la bonté et la méchanceté pures dans un seul et même individu. Il interprète ce protagoniste imprévisible, double face, dont on ignore les véritables intentions avec une telle aisance, une telle profondeur, qu'on se met à douter de la personnalité de l'acteur lui-même. Il réussit à inculquer des valeurs sincères à son personnage d'August, un homme froid et austère qui rêve de faire de son cirque une attraction incontournable, malgré la gravité du truand. L'oeuvre n'installe pas d'emblée ce dernier comme l'être à abattre, elle prend le temps d'installer le personnage, de nous montrer ses qualités et ses failles avant de le condamner; une chose que trop de productions omettent de développer. Même dans les films, il faut parfois laisser la chance au coureur.

La réalisation, assez discrète, prudente, arrive habilement à nous plonger dans ce milieu bohème, où l'illusion et le rêve ne sont que choses de la routine. Francis Lawrence ne nous montre que ce qui est nécessaire - pas d'images d'horreur dévoilant la mutilation d'un éléphant pour le sensationnalisme ou le regard furieux d'un amant témoin d'une étreinte interdite entre son amour et un étranger pour le suspense. Le cinéaste nous épargne la plupart (parce qu'il reste toujours certains écarts gênants; la finale à l'eau de rose en est une) des plans inutiles servant à appuyer la narration, à surexpliquer des situations assez révélatrices d'elles-mêmes.

On a déjà vu des histoires d'amours plus intenses, plus passionnées et séduisantes, mais celle-ci est assez charmante et originale pour enjôler plusieurs rêveuses (pas de discrimination, mais disons qu'ici les rêveurs sont moins sollicités). Par contre, attention : ce film peut vous faire prendre conscience de la banalité de votre existence et vous donner l'indescriptible envie de sauter dans un train en marche au beau milieu de la nuit étoilée vers un avenir d'enfièvrement et de lubie. À vos risques et périls.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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