Affiche du film  Lights Out
© Warner Bros. Canada

Dans le noir

Version en français
v.o.a. : Lights Out
21 juillet 2016

Des pressions nocturnes

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma d'horreur est en crise existentielle depuis un moment déjà. Alors que certains opus indépendants arrivent à satisfaire les amateurs du genre en le poussant toujours plus loin (il y a eu dernièrement It Follows, The Witch et le surprenant The Hallow), les grands studios hollywoodiens cherchent à profiter de la poule aux oeufs d'or à l'aide de créations aux budgets modestes qui semblent avoir été forgées dans les clichés. Le réalisateur James Wan vient heureusement dérégler cette usine à saucisses où tout a le même goût à l'aide de ses séries Insidious et surtout The Conjuring.

En tant que producteur, il a osé encourager Lights Out qui ressemblait à un de ces efforts anonymes comme il y en a tant à chaque année. Heureusement, ce n'est pas le cas. Sans crier au génie ou parler de révolution, il faut avouer que le film possède un style fou.

Cela prend cependant du temps avant de s'en rendre compte. En le regardant rapidement, on se sent en terrain connu. La peur du noir est la terreur la plus élémentaire du septième art et c'est d'autant plus vrai quand des ombres menaçantes semblent se déplacer lorsque la luminosité disparaît. Le récit ne manque pas d'abuser de sauts gratuits, de dialogues trop explicatifs et de séquences répétitives pour donner la frousse (une lumière qui s'ouvre et se ferme pendant que des forces obscures se rapprochent de la victime), ce qui peut décevoir et même repousser.

Il faut toutefois prendre son courage à deux mains et affronter la bête. On découvre alors son ton si particulier. Lights Out est sérieux dans sa démonstration sans jamais se prendre au sérieux. L'humour s'avère omniprésent et plusieurs situations tordues ne manquent pas de faire réagir. L'ensemble se trouve quelque part entre l'hommage, la parodie et l'ironie, à l'image du fort en gueule The Guest qui faisant la même chose dans un registre qui n'avait rien à voir avec l'épouvante.

Surtout qu'en matière de frissons, il y en a énormément. Ils sont terriblement efficaces à défaut d'être très originaux. Voilà une production à voir avec le maximum de gens possibles pour que l'effet soit décuplé. Pour leur part, les comédiens croient à ce qu'il leur arrive et c'est déjà beaucoup. Même Teresa Palmer qui n'a jamais été la meilleure des actrices, se faisant complètement voler la vedette par quiconque apparaît à l'écran, et principalement par Maria Bello en mère éplorée.

Pour son premier film, le cinéaste David F. Sandberg offre une mise en scène compétente sans être très personnelle et son propre court métrage prend des chemins insoupçonnés grâce au scénario d'Eric Heisserer (qui assurera celui d'Arrival de Denis Villeneuve) qui n'hésite pas à payer des clins d'oeil au Sisters de Brian De Palma. Le fantastique a évidemment une cause humaine et si les liens sont un peu trop évidents à établir avec les états de dépression et de crises émotives (surtout à côté du similaire et supérieur The Babadook), c'est pour rappeler que la démonstration des mécaniques horrifiques est toujours plus intéressante que n'importe quelle histoire qui peut s'y rattacher.

Série B qui s'assume complètement (ce n'est pas The Shallows), Lights Out est une oeuvre parfois jouissive qui arrive à faire peur et à être imaginative dans sa façon d'utiliser des procédés éprouvés. Lorsque les rires et les sursauts sont présents en grand nombre, on est plus enclin à oublier ses nombreuses fautes de goût... et à ne plus jamais dormir les lumières fermées! 

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Photo Martin Gignac

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