Affiche du film  Crimson Peak
© Universal Pictures

Crimson Peak

Version en français
v.o.a. : Crimson Peak
15 octobre 2015

Fantômes mécontents

Photo Par Martin Gignac

Lorsqu'il se force, Guillermo del Toro ravit avec Le labyrinthe de Pan et L'échine du diable, deux excellents films qui sont directement influencés par des chefs-d'oeuvre espagnols des années 70 comme Cria Cuervos et L'esprit de la ruche. Sinon, il se contente d'offrir des divertissements de qualité tels les deux Hellboy et Pacific Rim. On oublie trop souvent qu'il s'est commis dans des longs métrages douteux (Mimic, Blade II) et c'est justement où se retrouve son récent Crimson Peak.

Techniquement, cette nouvelle création porte sa griffe à plein nez qui n'a jamais été aussi spectaculaire. La fabuleuse direction artistique rivalise avec des décors, des costumes et des maquillages qui sont tous impressionnants. Les effets spéciaux déçoivent rarement, la musique de belle tenue fait son effet et la réalisation extrêmement maîtrisée ne laisse rien au hasard. Plastiquement, il n'y a rien à redire et Crimson Peak est sans aucun doute un des plus jolis films de l'année.

Il n'y a cependant pas grand-chose à soutirer de cette intrigue rudimentaire qui emprunte beaucoup aux classiques du genre (The Haunting, The Innocents, The Uninvited, etc.). L'esthétisme gothique vient avec ses conventions scénaristiques - une sorte de croisement entre Jane Austen et Mary Shelley - et la romance entre une fille qui voit des fantômes (Mia Wasikowska) et un intrigant inconnu (Tom Hiddleston) prend énormément de place. Difficile toutefois d'adhérer tant la chimie ne fonctionne pas. C'est pourtant l'histoire d'amour qui mène le bal pendant les deux premiers tiers du récit, provoquant plus de bâillements que de réelle passion.

Les fantômes qui ne feront peur à personne ont plus une fonction mélancolique et ils rappellent que l'être humain est le pire des prédateurs. Les personnages ont beau manquer de consistance, les enjeux de leurs conflits ressortent aisément (répression, désillusions). Ils auraient toutefois mérité des performances plus allumées. Mia Wasikowska semble s'ennuyer ferme, alors que Tom Hiddleston est encore en mode Only Lovers Left Alive. Seule Jessica Chastain prend son rôle au sérieux, enterrant définitivement la jeune fille douce et fragile de The Tree of Life qui l'a révélée.

Après une valse d'apparitions, de rêves et de scènes du passé qui reviennent hanter notre pauvre héroïne sans défense, le cinéaste ouvre enfin la porte à son imagination... et ce qui en ressort surprend. Au lieu d'y retrouver la subtilité d'un Cronos ou d'un Labyrinthe de Pan, il se lance dans les excès grotesques qui font presque hurler de rire. Soudainement l'action se transforme en simple série B cauchemardesque, en slasher féministe bien sanglant qui n'épargne rien n'y personne. Ce n'est pas nécessairement réussi, mais au moins cela tranche avec le reste.

C'est à se demander ce que voulait prouver Guillermo del Toro avec Crimson Peak. Plus beau que bon, l'effort usera la patience de ses nombreux admirateurs qui n'auront pas suffisamment de moments satisfaisants à se mettre sous la dent. L'ensemble est à ses précédents films de fantômes ce que The Hobbit est à Lord of the Rings: une copie de qualité inférieure qui risque de cantonner à tout jamais son talentueux artiste dans des balises bien établies. Lorsqu'on se met à préférer son travail de producteur sur Mama et Don't Be Afraid of the Dark, quelque chose ne tourne pas rond.

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Photo Martin Gignac

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