Affiche du film  Carnage
© Métropole Films Distribution

Carnage

Version en français
v.o.a. : Carnage
v.o.a.s.-t.f. : Carnage
5 janvier 2012

Assignés à résidence

Photo Par Karl Filion

Comme bien des longs métrages apparentés ou inspirés de pièces de théâtre, Carnage a une structurelle inhabituelle, découlant du huis clos, qui, au cinéma, mise sur d'autres caractéristiques et d'autres habitudes de lecture du septième art que celles auxquelles nous sommes habitués pour se rendre justice. C'est d'autant plus le cas ici que ce huis clos n'est pas, à première vue, social ou universel, alors qu'on observe l'interaction entre les parents de deux jeunes garçons qui ont eu une dispute dans un parc de New York. Banal vous dites? (même les personnages le disent, en conclusion). Évidemment, il fallait compter sur Roman Polanski pour raconter - avec humour - cette histoire de parents « assignés à résidence » avec un petit quelque chose de plus...

Lorsqu'on enferme ainsi ses personnages dans un lieu, l'essentiel devient les dialogues - crédibles - et le jeu des comédiens. Heureusement, ils sont exceptionnels, du terrifiant Christoph Waltz à l'agaçante Jodie Foster, en passant par l'amical John C. Reilly et l'élégante Kate Winslet. Expérimentés, précis et complices, ils sont la grande richesse du film et essentiels à son succès. Pas de « beaux paysages », ici, pour satisfaire les amateurs de grands espaces (une seule unité de lieu), et pas non plus de possibilité de déconstruction temporelle (une seule unité de temps); pas d'effets spéciaux et un montage pragmatique, utilitaire, pas de... assez de dire ce que ce film n'est pas, disons plutôt ce qu'il est : la rencontre inspirée entre quatre comédiens de grand talent.

C'est peut-être parce que ce film en est un de contradictions; les nôtres, cette capacité que l'on a à s'affranchir de toute faute ou à donner raison à des membres de notre famille simplement parce qu'ils sont des membres de notre famille, notre tendance au « c'est lui qui a commencé » ou à reprocher la manière plutôt que de chercher à comprendre si le blâme est justifié, tout en prétendant défendre les concepts de justice et de morale. Pffff...

On disait qu'« à première vue » le film n'était pas social ou universel, évidemment c'est un peu plus compliqué; dans leurs discussions, les parents vont bien au-delà d'une bagarre d'enfants et abordent des sujets moraux qui transposent les gestes des enfants à ceux de leurs parents, simple question d'échelle de grandeur. Le film est donc parfois inconfortable, parfois tout simplement hilarant. On regrette seulement qu'il se termine si brusquement et qu'il ne sache rattacher son observation sociale à une pluralité d'individus - il sera très facile de se distancier de ces personnages et de s'absoudre de leurs fautes en se disant qu'ils ne nous ressemblent pas. C'est vrai que c'est peut-être mieux ainsi...

Dommage aussi que le film n'utilise pas davantage, d'une manière jamais vue auparavant, les capacités du cinéma pour se différencier des autres huis clos célèbres du septième art. Mais bon, pour cette fois disons que c'est pardonné, car il y a bien plus à trouver que le cinéma dans ce Carnage.

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Photo Karl Filion

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