Brume

Version en français
v.o.a. : The Mist
23 novembre 2007

Les insectes de l'Apocalypse

Photo Par Karl Filion
L'association Frank Darabont-Stephen King a souvent donné de bons résultats. La ligne verte ou À l'ombre de Shawshank en témoignent encore, plusieurs années après leur sortie. Avec Brume, le duo fait encore des étincelles. La nouvelle de King reçoit toutes les petites attentions qu'elle mérite et devient un film choquant, cruel, plus intelligent que la moyenne des films d'horreur. Il n'en est même pas un, au fond, c'est un huis clos sociétal sur la bêtise humaine et sur la détermination.

Après une violente tempête dans un petit village côtier du Maine, David Drayton emmène son fils au supermarché pour faire quelques achats. Mais soudain, un homme ensanglanté fait irruption dans le magasin et demande aux gens de se barricader à l'intérieur. Un épais brouillard s'est formé autour de l'édifice, et ceux qui tentent leur chance à l'extérieur sont immédiatement rattrapés par ce qui semble être une bête dangereuse. Entre les sceptiques et les dévots qui prêchent la fin du monde, David essaie d'assurer la sécurité de tout le monde.

Il ne faudrait pas miser sur les effets-spéciaux - dignes d'un bon épisode de X-Files, c'est tout dire - pour apprécier Brume. Réduits au minimum et pas très présents, du moins au début, le film installe plutôt un climat de tension prenant, remplit de silences angoissants mais qui est surtout, et c'est très rare, intelligent. Pas de bêtises flagrantes, pas de fieffées incohérences, seulement un peu de témérité qui est vite punie. Les bêtes, ils sont dehors.

À l'intérieur, il y a des abrutis. Certains ne veulent pas croire aux dangers, d'autres, dans un mouvement de masse sans précédent, rejoignent une prédicatrice complètement cinglée qui croit en la fin du monde. Ce qui met la table pour une des séquences les plus choquantes de l'année au cinéma, le lynchage cruel et aveugle de ce qu'on croit être le responsable de la colère de Dieu. Il faut le faire, quand même. Brume n'hésite d'ailleurs pas à montrer des cadavres décapités, bouffis ou brûlés, même si ce n'est pas là qu'il marque le plus de points.

Les acteurs offrent des performances très efficaces; de Thomas Jane qui prend la place du leader mais qui ne joue pas les héros écervelés, à Toby Jones, aussi très efficace. Et Gay Harden, si convaincante qu'on lui jetterait soi-même la première pierre si c'était possible. Dans ce microcosme de la société dépeint par Darabont, tout est représenté, mais tout, ou presque, est aussi cohérent. Les réactions sont souvent plausibles, et les gestes irréfléchis limités au strict minimum. Cela permet au spectateur de s'impliquer émotionnellement dans l'histoire, de se soucier du sort des protagonistes, de vivre le film.

Et la finale, parfaite, met un point final à un film qui ne fait que s'améliorer à mesure qu'il se dévoile. C'est rare, ça, presque autant qu'une brume meurtrière qui emmène avec elle les insectes de l'Apocalypse pour semer la mort et la désolation.
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Photo Karl Filion

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