Brooklyn

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v.o.a. : Brooklyn
v.o.a.s.-t.f. : Brooklyn
18 décembre 2015

L'immigrante

Photo Par Martin Gignac

Lorsque tout va mal, il est compréhensible de se tourner vers quelque chose de plus lumineux. Alors que le cinéma présente généralement des drames sous fond de violence physique et psychologique (The Revenant, Room, Spotlight...), Brooklyn joue la carte inverse, faisant confiance à l'amour et aux beaux lendemains. Un constat qui était déjà palpable dans le populaire livre original de Colm Toibin et qui contraste avec ces nombreux récits similaires, le plus récent étant le remarquable The Immigrant de James Gray.

Moins cinématographique que cette offrande d'exception, le travail réalisé par John Crowley (l'auteur des inégaux Closed Circuit, Is Anybody There? et Boy A) s'avère tout de même élégant dans son traitement. Surtout qu'il offre de jolies cartes postales comme paysages, utilisant avantageusement les décors montréalais pour recréer le célèbre quartier new-yorkais. Le charme vieillot de sa mise en scène titille volontairement une nostalgie que l'on retrouvait dans plusieurs longs métrages des années 40 et 50 et cela fait un bien fou.

On s'y engouffre allègrement lorsque le scénario signé Nick Hornby (on lui doit les livres qui ont donné High Fidelity et About a Boy) plafonne dans la superficialité. Le premier acte, celui où l'héroïne irlandaise débarque aux États-Unis, n'est pas sans généralités sur le rêve américain. Les scènes attendues se succèdent et l'ensemble tarde à lever. Heureusement qu'il y a l'histoire d'amour avec l'attentionné Italien à mi-chemin pour vraiment captiver le spectateur. Cette romance très fleur bleue fait sourire et les sentiments du coeur généralement justes touchent une corde sensible. Ce n'est toutefois pas le cas de la conclusion où la protagoniste retourne dans son pays d'origine pour un enterrement et qu'elle s'amourache d'un ami d'enfance. Une section longue et redondante où l'on ne croit jamais à l'attirance qu'elle porte envers cet homme et qui ne fait que souligner encore une fois le conflit qu'elle vit entre sa terre natale et sa terre d'accueil.

Ces soucis scénaristiques se remarquent moins devant le brio de Saoirse Ronan. Depuis le somptueux Atonement en 2007, l'actrice irlandaise cumule les projets intéressants et c'est à 21 ans, grâce à Brooklyn, qu'elle obtient son personnage le plus nourrissant. Si son jeu n'est pas toujours parfaitement incarné, sa Eilis Lacey passe aisément du sérieux à la légèreté avec une volupté qui l'honore. À ses côtés, Emory Cohen (The Place Beyond the Pines) est très à l'aise, plus que l'omniprésent Domhnall Gleeson (Star Wars: The Force Awakens, Ex Machina) qui défend un rôle beaucoup plus ingrat et nettement moins développé. La distribution secondaire est souvent là pour soutirer des rires et elle ne le fait pas toujours de façon très subtile.

Feel-good movie qui s'apprécie et s'oublie rapidement, Brooklyn est un film aussi gentil qu'inoffensif. Une excursion vers l'espoir et la romance qui met de bonne humeur, mais qui n'explique en rien son immense succès. Parfois, mieux vaut ne pas tenter de comprendre pourquoi cette création un brin surestimée s'est retrouvée sur autant de palmarès de fin d'année.

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Photo Martin Gignac

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