Affiche du film  Au-delà des pins
© Les Films Séville

Au-delà des pins

Version en français
v.o.a. : The Place Beyond the Pines
v.o.a.s.-t.f. : Au-delà des pins
10 avril 2013

Le père de l'autre

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il y a des films qui bénéficient d'échos meilleurs que d'autres. The Place Beyond the Pines fait partie des chanceux qui sont déjà accompagnés, avant même leur sortie en salles, d'une rumeur positive et prometteuse. Après la bonne impression qu'il a eue sur les médias présents au Festival du Film de Toronto en septembre dernier, le long métrage de Derek Cianfrance (Blue Valentine) s'attaque maintenant - sept mois plus tard - au grand public, le véritable juge, celui qui détermine le succès populaire de l'échec.

The Place Beyond the Pines est certes une oeuvre particulière, un film en trois temps d'une très grande sensibilité et d'une habileté technique distinctive, mais peut-être pas jusqu'à parler d'un incontournable - comme pouvait nous laisser croire l'importance de la rumeur et l'intérêt médiatique. Les deux premiers tiers sont presque impeccables; la transition entre l'histoire du criminel et celle d'un jeune et juste policier est fluide et intrigante et leur récit en tant que tel est inspirant, suffisamment pour contenir l'attention d'un public attentif pendant plus d'une heure trente. C'est la dernière partie qui pose problème.

Après le portrait de deux hommes opposés mais tout aussi attachants l'un que l'autre, vient celui de leurs fils du même âge qui se rencontrent par hasard et se lient d'amitié à l'adolescence (15 ans après la première rencontre brutale entre les protagonistes initiaux). Les jeunes entraînent l'histoire à un endroit peu enviable parce qu'incohérent avec le reste du récit. Les thèmes de la justice et de la témérité sont remplacés par des idées de vengeance et d'unité familiale qui envoient l'oeuvre dans une direction plutôt inattendue et, malheureusement quelconque. Il y avait quelque chose de profondément original dans l'histoire de ce cascadeur à moto qui découvre par accident sa paternité et de ce policier qui veut dénoncer des injustices plutôt que de profiter de la corruption qui l'entoure, mais leurs fils, avec leurs problèmes de drogues et de rébellion adolescente, n'apportent pas d'éléments aussi riches à l'histoire que leurs pères l'ont fait.

Bradley Cooper et Ryan Gosling sont au sommet de leur art. Les deux hommes ont récemment été nominé pour un Oscar et cette performance qu'ils livrent dans le film de Derek Cianfrance prouve - une fois de plus - toute la diversité de leur talent. Peut-être est-ce en raison de leur histoire moins intéressante, mais Emory Cohen et Dane DeHaan ne sont pas à la hauteur de leurs collègues. Principalement Cohen, qui s'accroche aux clichés pour articuler son personnage de jeune adolescent rebelle et insurgé.

Visuellement, certaines scènes, dont le plan-séquence du début, sont ingénieuses et prouvent les habiletés particulières du réalisateur. Le montage dynamique et adapté à l'intensité de la trame narrative influence aussi positivement l'ensemble de la production cinématographique. The Place Beyond the Pines, quoi qu'imparfait, est empreint de sagesse et subtilité, et se démarque par son audace du lot homogène de films qui saturent notre calendrier de sorties.

À noter la version française de France exécrable de laquelle sont issues certaines phrases aux limites de la torture psychologique pour un Québécois, dont un délicieux « t'assure carrément sur ta bécane ».

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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