Affiche du film  Au bord de la piscine
© Remstar

Au bord de la piscine

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : A Bigger Splash
v.f. : Au bord de la piscine
18 mai 2016

Chaud devant

Photo Par Martin Gignac

L'art d'un remake réussi est de s'approprier l'esprit d'une oeuvre pour mieux s'en détourner afin de créer quelque chose d'unique. C'est ce que fait l'exquis A Bigger Splash avec l'excellent La piscine de Jacques Deray qui mettait en vedette Alain Delon et Romy Schneider et qui n'a que peu de choses à voir avec la version originale.

À l'instar de l'étonnant Stromboli de Roberto Rossellini, ce nouveau film rappelle qu'il n'est pas bon pour la santé d'un couple de passer leurs vacances sur une île italienne. C'est ce qu'apprendront à leurs dépens une chanteuse populaire qui a momentanément perdu la voix (Tilda Swinton) et son amoureux protecteur (Matthias Schoenaerts), même s'ils tombent sur un vieil ami charismatique (Ralph Fiennes) et la fille de ce dernier (Dakota Johnson).

Les relations qui s'établissent entre ces quatre individus sont parsemées d'ambiguïtés et de non-dits, d'amitié mélancolique, d'amours interdites et d'un désir de se replonger dans le passé. Un peu plus et on assiste à la réminiscence des Rolling Stones de l'époque de Brian Jones. D'une épicurienne et sensuelle unité familiale presque idyllique qui finit par voler en éclat et où rien ne sera plus comme avant.

Propulsé sur la scène internationale avec son magistral I am Love, le cinéaste italien Luca Guadagnino est un expert de la séduction. Il maîtrise son art dans sa façon de filmer ce lieu paradisiaque et cette nourriture succulente. Son long métrage nimbé de soleil devient même érotique. La luminosité est si forte, l'humidité si élevée qu'elle donne des coups de chaleurs aux protagonistes qui finissent par perdre la tête. Dévorés par Hélios, ces êtres de sang chaud devront vivre avec les conséquences de leurs gestes. La photographie riche et expressive contraste avec toutes les ellipses sombres des retours dans le passé et de cette seconde partie plus chargée dramatiquement qui se déroule sous la pluie et les nuages.

L'histoire peut paraître rachitique et le réalisateur tente de faire oublier cette vacuité avec sa caméra survoltée, son rythme dynamité et ses chansons pleines d'intensité. C'est parfois maniéré et ce n'est pas grave. Les plans sont allongés afin de faire triompher cette sensation de liberté et on est même gratifié de la meilleure scène de danse de l'année, aussi mémorable que celle d'Ex-Machina. Les dialogues en apparence faibles et dénaturés sont souvent à double sens et un combat important est tourné d'une manière décoiffante. Bien que l'ensemble débute en force pour perdre de sa vigueur par la suite, la conclusion ahurissante s'apparente à une formidable satire de société. Pendant qu'un pays comme l'Italie est pris avec la crise des migrants et des sans-papiers, les déchirements d'individus célèbres, oisifs et superficiels sont les seules choses qui intéressent les policiers.

Enseveli sous les symboles et les métaphores (ce serpent omniprésent, ce personnage qui urine sur un monument sacré), le récit laisse sa marque grâce au brio de ses interprètes. Ralph Fiennes se pense encore dans The Grand Budapest Hotel et il offre une nouvelle composition exubérante et verbomotrice. Il manie la comédie avec une telle aisance qu'on ne peut que s'incliner devant son talent. Tilda Swinton se retrouve aux antipodes avec ce rôle pratiquement muet et elle est également excellente dans son refus des mimiques. Plus physique est Matthias Schoenaerts qui est en train de se bâtir toute une filmographie et Dakota Johnson évite la plupart des pièges où l'on pourrait retrouver cette nymphette caricaturale. Un quatuor savoureux qui solidifie la pâte lorsqu'elle est sur le point de se rompre.

Émoustillant à souhait, A Bigger Splash s'amuse à faire patauger des personnages délicieux dans une flamboyante piscine de désirs, de mensonges et d'excentricités de toutes sortes. Le drame de moeurs qui zigzague constamment entre les genres et les attentes se dérobe à nous, n'évitant pas l'exercice de style tout en affichant une rare fraîcheur. On a déjà hâte à la prochaine création du metteur en scène qui n'est rien de moins qu'un remake de l'horrifique production culte Suspiria!

Partager sur : Twitter Facebook
Photo Martin Gignac

Mes dernières critiques

D'encre et de sang
Rules Don't Apply
Manchester by the Sea
Chocolat
Le pacte des anges
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.