Affiche du film  Aloha
© Sony Pictures

Aloha

Version originale en anglais
29 mai 2015

Malaises après malaises

Photo Par Martin Gignac

Aloha n'avait même pas pris l'affiche qu'il sentait déjà le navet. Les bonzes chez le distributeur Sony Pictures ont descendu le film dans une série de courriels rendus public par le piratage lié à "l'affaire" The Interview, il n'y a eu aucune projection pour les membres de la presse et les résidants d'Hawaï où a été tourné le long métrage ont accusé son cinéaste de nettoyer l'île en n'y mettant que des Blancs. Trois prises contre une oeuvre qui devait à l'origine sortir à Noël dernier et qui, effectivement, est un désastre spectaculaire.

Il était pourtant si tentant de prendre la défense de cette production, uniquement parce qu'elle a été réalisée par Cameron Crowe. Oui, oui, celui à qui l'on doit les excellents Almost Famous, Say Anything... et Jerry Maguire (ainsi que les ennuyants Elizabethtown et Vanilla Sky, mais ça c'est une autre histoire). Depuis l'inégal We Bought a Zoo, il avait un peu perdu la main et le voilà atteindre un creux qui risque de détruire sa carrière.

Comme souvent chez lui, il est question d'un héros qui obtient une seconde chance pour bien faire les choses. Un ancien soldat (Bradley Cooper) est dépêché par un milliardaire (Bill Murray) pour s'occuper d'une mission délicate. Laquelle? On ne le saura jamais vraiment tant la prémisse confuse et éparpillée ne fait aucun sens. Peut-être est-ce un problème de montage ou de Crowe lui-même qui, en tant que scénariste, ne se soucie guère de ce filon absurde qui implique un satellite ridicule et des armements nucléaires.

Il n'en a toujours eu que pour la comédie romantique et Aloha ne fait pas exception même s'il est totalement dépourvu de ces deux aspects. Pas que le récit ne fasse pas sourire, non. Mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Les scènes étranges qui provoquent des malaises se succèdent au tournant. Des dialogues insipides qui dépassent l'entendement, des séquences inutilement allongées et une réalisation mécanique à la va-comme-je-te-pousse complètent le tout. Un peu plus et on se croirait devant une satire douteuse, une série B ratée particulièrement affligeante.

Notre protagoniste qui n'existe que pour montrer ses dents blanches flirte avec deux femmes qui ne sont pas insensibles à ses charmes: une ancienne amoureuse (Rachel McAdams) qui pense encore à lui malgré ses enfants et 13 années qui sont passées sans le voir, ainsi qu'une jeune capitaine (Emma Stone) qui croit aux pouvoirs du ciel et des étoiles. Des personnages ni crédibles ni développés qui sont une véritable honte pour les comédiens qui les incarnent. Le duo formé de Cooper et de Stone est sans doute le plus pathétique du lot tant la chimie y est complètement absente.

Quelques moments plus supportables sauvent au moins l'effort de la daube irrécupérable. Ceux avec John Krasinski (de la série The Office) qui est incapable de communiquer ce qu'il vit avec des mots, un discours incendiaire d'Alec Baldwin qui semble provenir tout droit de Glengarry Glen Ross et une séance de danse entre Emma Stone et Bill Murray.

C'est évidemment insuffisant. Mal écrit, tourné paresseusement, avec ces acteurs qui ne savent pas trop quoi faire, cette romance à numéros qui laisse de glace et ces blagues qui tombent à plat, Aloha passe bien près d'être le pire film de l'année. Même la trame sonore qui a toujours été un gage de qualité chez Cameron Crowe déçoit par sa facilité. Rien ne dit qu'il sera capable de s'en relever. Et ça serait bien dommage de le perdre même s'il s'est commis dans cette chose affreuse qui sera difficile à oublier.

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Photo Martin Gignac

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