Affiche du film 2012
© Sony Pictures

2012

Version en français
v.o.a. : 2012
12 novembre 2009

Tendances auto-destructrices

Photo Par Karl Filion

Roland Emmerich est un auteur. Il en a toutes les caractéristiques : ses films ont une signature visuelle, un concept, que certains pourraient comparer au Dogme, que d'autres qualifieraient sans doute de poudre aux yeux. 2012 s'inscrit tout à fait dans sa démarche artistique. Un professeur que je respecte beaucoup m'a déjà dit : « les grands créateurs sont ceux qui ont, au cours de leur longue et prolifique carrière, plusieurs bonnes idées. Les génies sont ceux qui n'en ont qu'une. » À côté de cette définition, dans un éventuel dictionnaire du cinéma, je propose qu'on inscrive le nom d'Emmerich, le cinéaste d'une seule idée, d'un seul film, dont la recette est gage de succès commercial.

En 2009, un géologue et son collègue indien remarquent un réchauffement anormal des nappes phréatiques. Ils soupçonnent que ce réchauffement, causé par les radiations solaires, pourrait causer un renversement des pôles et de nombreuses catastrophes naturelles à une magnitude inconnue jusqu'à présent. Lorsqu'ils avisent les gouvernements, ces derniers décident de construire, en secret, de gigantesques arches qui pourront sauver l'humanité. En 2012, alors que les signes du réchauffement s'accélèrent, une famille de la Californie doit affronter la nature déchaînée afin de trouver une place sur l'arche.

Sans doute parce qu'on lui a reproché, après Le jour de l'indépendance, d'avoir réduit la fin du monde aux États-Unis d'Amérique, Emmerich décide d'impliquer toutes les grandes nations du « monde » en question dans ce 2012, qui s'avère être pratiquement la copie conforme de ses précédents films. Les effets spéciaux en sont la principale qualité, et ils sont cette fois-ci souvent plutôt réussis, malgré quelques séquences plus bâclées. C'est de la surenchère, de l'exagération, qui démontre une fine observation des tares humaines. Comment expliquer sinon que, dans la deuxième partie, on n'hésite pas à risquer la vie de 400 000 personnes pour en sauver sept ou huit, au nom de la conscience et de l'humanité? N'allez pas me dire que c'est profondément insultant pour la logique et la rationalité, c'est tellement un beau geste!

On peut deviner, derrière cette suite absolument farfelue d'invraisemblances, un profond mal-de-vivre, une envie de crier « J'aime l'humanité! » par cet auteur qui signe également le scénario, la production - qui a déjà été monteur et qui est en fait un cinéaste étranger - de son film. Les comédiens sont brillamment décalés, et on ne peut s'empêcher d'y voir un brin d'ironie rappelant Fellini ou Uwe Boll. Les dialogues, affreusement maniérés, rappellent certainement la théâtralité de nos vies formatées, de nos interactions sociales conventionnelles (voir à quel point on se débarrasse facilement du beau-père) et cette « fin du monde » est en fait une métaphore pour un gros gros changement de vie.

On pourrait se débattre et nier, mais rien n'y fera jamais : voilà du cinéma. Mais oui! C'est divertissant, ça permet d'oublier ses problèmes, c'est tellement émouvant et plein plein de gens vont aller voir le film ce week-end; voilà qui prouve qu'il s'agit d'un bon film. On peut même supposer que tous vont beaucoup l'aimer... Non, non, je persiste et signe : Roland Emmerich est un génie. Quand on étudiera sa filmographique dans les universités, on trouvera une vision contemporaine de sa société et on sera gêné de l'avoir mal compris. Il s'agit juste d'un peu de sarcasme... Je veux dire : c'est pas parce que, au cours d'une même carrière, on détruit deux fois la Maison Blanche, qu'on a nécessairement eu deux bonnes idées.

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Photo Karl Filion

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