entrevue
Jeudi 28 juillet 2011 à 16h20

Philippe Claudel parle de Tous les soleils

Photo Par Karl Filion
Une scène du film Tous les soleils

Philippe Claudel, le réalisateur de Il y a longtemps que je t'aime, était de passage au Québec pour présenter son deuxième long métrage, Tous les soleils, qui a pris l'affiche en France en mars dernier. Stefano Accorsi y tient la vedette, dans le rôle d'un professeur de musique baroque de Strasbourg qui est incapable de retomber en amour, quinze ans après la mort de sa femme, décédée quelques mois après la naissance de leur fille, Irina.

Accorsi est un acteur d'origine italienne surtout confiné à des rôles secondaires dans le cinéma français. « Je le connaissais beaucoup plus pour les films italiens dans lesquels il jouait. J'aimais beaucoup ce qu'il dégageait, à la fois très mâle et très fragile, très tendre, maladroit, attachant. J'avais envie de le montrer complètement au public français, de lui offrir vraiment un premier rôle. Et il y a une chose très simple aussi : il me fallait un acteur italien qui sache jouer en français, et dans cette génération-là, il n'y en n'a pas cinquante. »

Croyez-vous que votre film sera perçu de la même manière par le public québécois que par le public français? « C'est difficile de répondre à cette question. Aux vues de l'expérience du premier, ce qui est vraiment intéressant, c'est de voyager justement et de se rendre compte que les réactions sont différentes, mais qu'il y a un noyau central. Avec Il y a longtemps que je t'aime, que ce soit au Japon, au Québec, aux États-Unis, en Amérique du Sud ou ailleurs, les gens étaient touchés par les mêmes choses. Comme s'il y avait, indépendamment de l'historique des pays, des fondamentaux humains qui ne varient pas trop. »

« Sur ce film-là, à la limite, il peut y avoir des barrières, des frontières, voire même des handicaps par rapport à l'humour. » On pense au rapport à Berlusconi. « Berlusoni, oui, mais plus généralement l'humour. L'humour, on le sait, c'est national; on ne rit pas des mêmes choses selon les pays. La comédie n'est pas un genre qui s'exporte facilement. Mon premier film était plutôt économe en mots, alors que celui-ci, c'est un film très bavard, où on parle beaucoup, ce qui pose le problème des sous-titres. Heureusement, au Québec le problème ne se pose pas parce que le film est en français. On a le vrai son, la vraie voix des comédiens, la véritable ambiance sonore. »

Votre expérience d'auteur vous est-elle utile dans le milieu du cinéma? « Je travaille dans le cinéma depuis longtemps, comme scénariste ou comme consultant au producteur. Ma première occupation, c'était celle-là. J'avais aussi eu, dans les dernières années, de gros succès en littérature, donc ça c'est sûr que ça aide à financer un premier film. Ce qui est absolument ridicule. C'est comme si... j'étais un excellent pêcheur à la ligne et qu'on m'autorisait à faire un film. Ça n'a rien à voir, la littérature et le cinéma, ce sont deux métiers différents. »

Vous avez un personnage central qui se donne à tant de projets différents qu'il oublie de trouver l'amour. « Le titre du film a longtemps été Silence d'amour, parce que j'avais pris le titre de la dernière chanson. J'aime bien le fait qu'il fasse taire l'amour, qu'il ait fermé des portes. C'est quelqu'un qui se ment, un peu. Si on lui demandait s'il est heureux, il dirait oui. Il a construit une apparence de bonheur, mais il lui manque un élément essentiel. »

« J'avais envie aussi de travailler sur le fait que la vie, ça passe trop vite, et que parfois on passe à côté de sa vie. C'est un thème qui me hante; pas pour moi, parce que j'ai beaucoup de chance, mais de voir autour de moi des gens qui passent à côté de la vie. La vie passe vite, on fait des mauvais choix, on rencontre des mauvaises personnes, ou on ne rencontre pas les bonnes. Je pense que c'est une réflexion qui nourrira sans doute un film un jour. »

« J'avais envie de faire un film qui promeuve des valeurs très positives. J'en ai un peu marre, je ne sais pas chez vous mais chez nous, en France, il y a une espèce d'amour du cynisme, du gris, de l'égoïsme, et des valeurs, qui sont pour moi des valeurs humaines - l'entraide, la charité, l'écoute, la compassion - on s'en moque. On appelle ça des bons sentiments. D'ailleurs, une partie de la critique a reproché à ce film d'être plein de bons sentiments, alors que pour moi, c'est volontaire. Je suis heureux de faire ça. »

« Je voulais être à contre-courant d'une mode française qui se moque de tout, d'être ironique, et de montrer des gens biens. Des gens qui ne sont pas des salopards, qui pensent aux autres, qui essaient de se serrer les coudes, de s'aider, de s'aimer. »

Tous les soleils prend l'affiche ce vendredi à Montréal et à Québec.

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