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Dimanche 15 juillet 2007 à 16h45

Entrevues : Ma tante Aline

Photo Par Karl Filion
Béatrice Picard dans Ma tante Aline

À quelques jours de la sortie du film Ma tante Aline, les comédiens principaux et le réalisateur ont rencontré les journalistes afin de parler de leur expérience sur le plateau d’un film qui se veut coloré, bourré de chansons et de danse, et qui laisse une place importante aux jeunes et aux moins jeunes, aux expérimentés et aux novices.

Le réalisateur Gabriel Pelletier cumule les comédies à succès (Karmina, La vie après l’amour), il a d’ailleurs souvent travaillé avec Sylvie Léonard. De leur côté, Béatrice Picard et Rémi-Pierre Paquin en sont à un premier rôle aussi important au grand écran, après avoir connu leur part de succès sur les planches et au petit écran. Et les scénaristes Frédéric Ouellet et Stéphane J. Bureau sont aussi encore bien jeunes.

Rencontre avec eux.

Béatrice Picard

Elle n’en est pas à son premier rôle au cinéma, mais de cette envergure… Avec le rôle principal de Ma tante Aline, Béatrice Picard s’attaque à une nouvelle génération, une génération qu’elle n’a pas encore conquise avec ses rôles dans Cré Basile! ou Symphorien.

« Aline est une personne qui a profité de la publicité qu’on fait aujourd’hui : « Achetez tout maintenant, payez plus tard. » Alors elle s’est dit : « Moi, je n’ai pas d’argent, pourquoi je ne ferais pas ça? ». Quand le film commence, le plus tard est arrivé. » Situation délicate pour une femme d’âge mûr qui ne veut surtout pas se retrouver dans un foyer. « C’est une femme franche, c’est une personne qui est ouverte. Elle veut que les gens soient heureux autour d’elle. »

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Ma tante Aline va au-delà de la simple comédie. « Je crois que c’est une belle histoire qui est racontée. « Pensons aux personnages âgées, et puis vous, les personnages âgées, remuez-vous donc un petit peu, vous êtes capables de faire des choses. Vivez, vivez, soyez jeunes de cœur. » C’est ça que veut dire le film. »

Le rôle principal en est un très exigeant, qui comprend des tours de chant et de danse. « Hésiter? Jamais dans 100 ans! Au contraire! Quand j’ai lu le scénario, j’ai voulu absolument le faire. Mais les dates ne concordaient pas, je ne pouvais pas le faire, mais le film a été retardé et là, j’ai repris contact. Gabriel Pelletier voulait absolument une personne de mon âge. »

« J’étais de tous les jours de tournage, et on commence très tôt le matin. Moi j’étais debout à 5 heures le matin, je rentrais chez moi à 8h30 et 9h le soir, alors je n’avais pas le temps de redevenir moi-même, je pensais seulement à aller me coucher. Je n’avais pas idée que ça pouvait être aussi fatiguant, parce que je n’avais jamais eu autant de jours de tournage, et surtout des jours de tournage consécutifs. Pas le temps de redevenir moi-même, c’est parfait ça. »

Et de nombreux costumes aussi, puisque le film traverse plusieurs époques. « J’aime ça me déguiser! Comme je me connais mal, je me jouerais mal, alors j’aime mieux jouer quelqu’un d’autre, me créer une image. »

Celle qui vient tout juste de terminer le doublage du film des Simpson joue présentement au théâtre dans Huit femmes jusqu’au mois de septembre.

Sylvie Léonard

Sylvie Léonard connaît bien le cinéma, elle y sera à nouveau en septembre avec L’âge des ténèbres, mais d’ici là, elle incarne, pour Gabriel Pelletier, Geneviève, la nièce d’Aline. « Geneviève, c’est une « jeune » femme de quarante ans. Je dis « jeune » parce qu’il y a quelque chose chez elle qui n’est pas épanoui, même si elle est super indépendante, elle est bien fragile au niveau affectif. Elle n’est pas vraiment consciente qu’elle est carriériste, elle pense que c’est comme ça qu’elle va trouver le bonheur. »

Elle a un amoureux plus jeune, Pierre-Alexandre, qui souhaite vivement s’engager avec elle. « Ce que Rémi-Pierre incarne là-dedans, et moi je trouve ça l’fun parce qu’on dit tout le temps que les gars ne veulent pas s’engager, que c’est les filles qui cherchent après des bons gars, ben là c’est un peu l’inverse, c’est vraiment la fille qui ne veut pas s’engager. »

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Le personnage de Geneviève est lui aussi impliqué dans plusieurs séquences de danse lors de flash-backs. « J’avais déjà dansé. Je n’aurais jamais été capable de faire ça sinon, c’est sûr. Je n’ai pas la prétention d’être une danseuse, comme je ne veux pas que les gens aient la prétention d’être comédiens quand ils ont joué juste une fois, mais j’ai quand même une formation de danse, que j’ai toujours fait en parallèle par plaisir. »

« Je voulais vraiment aller jusqu’au bout, j’ai eu ben du fun. »

Il s’agit d’une troisième expérience avec le réalisateur. « Gabriel est très « petit gars ». Sur le plateau, quand ça fait pas son affaire, tu le sais. Mais il n’est pas du tout dictateur. C’est un gars qui aime beaucoup s’amuser, et qui comprenait très bien ses personnages. »

Justement, les personnages, il faut les créer mais il faut aussi les quitter à la fin de la journée de tournage. « On ne serait pas des comédiens si on ne pouvait pas. La période qui est plus difficile, c’est au théâtre, quand on créé le personnage en répétitions, parce que là, il nous habite tout le temps pour accoucher de lui. À partit du moment où on accouche de lui, on rentre dedans pis on en ressort comme on veut. »

« Au cinéma, on a moins de temps de répétition, mais pendant qu’on le bâtit, on a les mêmes préoccupations. »

Tout l’été, Sylvie Léonard sera sur le plateau des Sœurs Elliot, une grosse série en préparation pour TVA.

Rémi-Pierre Paquin

« Pierre-Alexandre, c’est un gars qui a des passions et des hobbys qui sont plutôt enfantins. Il est resté jammé, pour cet aspect-là de sa vie, au stade de l’enfance. Par contre, au niveau de l’amour, il veut vraiment s’engager. » Voilà, en ses propres mots, comment l'Invincible décrit son personnage.

« C’est ma première offre au cinéma. Si le projet n’avait pas été bon, je n’aurais pas embarqué dedans, mais je ne suis pas au stade de choisir. »

Est-ce source de stress supplémentaire? « Le cinéma laisse une empreinte plus profonde dans la collectivité. La télévision, ça se consomme rapidement, tandis qu’un film ça reste longtemps. C’est stressant pour ça, ça va rester longtemps. J’étais mieux de me forcer. » , de dire le comédien qui a pourtant l’air bien détendu.

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« J’entrais sur une équipe qui avait beaucoup d’expérience, du monde que je ne connaissais pas. Effectivement, j’étais nerveux à ma première journée de tournage, comme un ti-cul qui rentre là-dedans. Je me suis senti à l’aise très rapidement, c’est pas du monde bien bien gênant. »

Après le personnage très marquant de Rémi dans la populaire télésérie Les Invincibles, celui de Ma tante Aline détonne. « Moi je suis comme entre les deux. Je n’ai pas le gros côté féminin que mon personnage dans Ma tante Aline a, l’engagement, bof, et puis il a un petit côté monsieur Tendresse que je ne suis pas tant que ça, mais je ne suis pas non plus Rémi. »

« Les gens vont voir qui connaissent plus ou moins le métier d’acteur pensent qu’être soi-même à l’écran, c’est bien facile. Mais à la base, c’est très difficile. Le monde va voir que j’avais de la composition à faire. »

« J’aimerais ça que le monde voit les différences entre les deux personnages, justement. Qu’ils voient que je fais autre chose. La frontière entre la fiction et la réalité est souvent un peu trop mince. »

Pas de projets pour le cinéma pour l’instant, mais on pourra voir Rémi-Pierre Paquin dans Rumeurs et Nos étés dès la saison prochaine.

Gabriel Pelletier

Réalisateur spécialisé dans les comédies, qui a aussi fait de la télévision, Gabriel Pelletier caresse un projet comme Ma tante Aline depuis longtemps. « En fait, le projet est entré en contact avec moi. Ça faisait un bout de temps que je cherchais un projet où je pourrais mettre en scène des personnes âgées. Ma mère est décédée à l’époque où je tournais Karmina 2, et c’était comme une crise existentielle pour moi et j’avais envie de parler de ce sujet-là. »

« J’ai écrit un scénario à mon goût sur un mode plus dramatique, mais un autre cinéaste a déposé un projet semblable. Ce qui m’a séduit c’était de traiter de ce sujet-là, mais sur le mode comédie. On a fait le pari qu’on pourrait à la fois faire rire et réfléchir. »

« J’étais disparu de la circulation depuis un bout de temps, j’avais décidé d’apprendre le métier de producteur (pour Les aimants d’Yves Pelletier). Je m’étais tenu loin de la réalisation, mais en fait je m’en ennuyais beaucoup. J’ai réalisé que c’est encore ça que j’avais envie de faire. Beaucoup de gens ne pensaient plus à moi. »

« C’est une comédie, sauf que ce dont je suis particulièrement fier, c’est l’aspect touchant et une « portée sociale », entre guillemets; ce n’est pas un gros message, c’est d’abord et avant tout un film et on passe un bon moment à l’écouter. J’aime tous les types d’humour, je pense simplement que celui-là est plus humain. »

Béatrice Picard a beaucoup de responsabilité dans le film. « C’est extraordinaire ce qu’elle fait. C’est très exigeant physiquement, elle danse, elle chante… On craignait que ça prenne un actrice plus jeune, mais finalement j’ai vu Béatrice au Match des étoiles danser un tango et j’ai vu, à la fois sa vitalité mais en même temps la réaction du public qui était d’emblée avec elle parce qu’elle est encore un battante. »

C’est aussi l’occasion de travailler à nouveau avec Sylvie Léonard. « C’est une question d’amitié. Sylvie et moi on a travaillé ensemble dans le passé, alors on se fait mutuellement confiance. Elle, sans même avoir vu un scénario fini, elle acceptait de faire le film. C’est encourageant, ça donne envie de continuer. »

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Pour ce qui est de Rémi-Pierre Paquin… « Ça fait longtemps que j’ai envie de travailler avec lui. C’est un gars qui a un talent naturel, j’aime son jeu, il n’a pas l’air de forcer, tu ne sens pas la douleur. C’est son personnage qu’on a eu le plus de misère à écrire, mais on a eu un euréka quand on a décidé de rendre le personnage plus jeune. »

« Je suis très content du film. On l’a tourné exceptionnellement rapidement (29 jours), mais je suis très heureux du résultat. C’est sûr qu’avec plus de temps on peut toujours plus fignoler, il y a des scènes de chorégraphies que j’aurais aimé plus travailler. »

Ce qui n’empêche pas de rendre les flash-backs très créatifs. « On voulait raconter l’histoire pour qu’on ne sache pas si le personnage d’Aline ment, si elle fabule, si c’est l’histoire de la mère de Geneviève, si c’est sa propre histoire. On cherchait une façon que ce soit drôle. C’est comme si Aline se met en scène, et elle embellit l’histoire. Sa vie est une scène. »

Frédéric Ouellet et Stéphane J. Bureau

Les deux scénaristes originaires de Québec se sont rencontrés lors de leur passage l’INIS et ont travaillé, ensemble, sur plusieurs séries pour la télévision québécoise comme Dans une galaxie près de chez vous.

Pour cette expérience cinématographique, deux gars racontent l'histoire de deux filles et de leur relation intime. « C’est un sujet auquel on se rattache tous, cette peur-là de mourir et de perdre ses moyens. On a cette fragilité de se projeter dans les personnages. »

« Quand on a fini le scénario, avant d’aller en pré-production, il a fallu faire des coupures. Sur le coup on regrettait certaines choses, mais le scénario est devenu plus serré. Ça nous a forcé à se concentrer sur l’essentiel. »

Il faut ensuite laisser le scénario au réalisateur pour qu’il le transpose au grand écran, selon sa vision. « Vu qu’il était toujours là quand on brainstormait sur l’affaire, on savait ce qu’il allait faire avec. »

« Pour nous, c’est 7 à 77 ans, mais c’est surtout un film pour filles. Mais tous les gars qu’on connaît qui l’ont vu ont aimé ça. Les gens ne boudent pas leur plaisir une fois qu’ils sont dans la salle de cinéma. »

Le film prend l'affiche le 20 juillet.

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