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Mercredi 11 janvier 2006 à 00h30

La véritable histoire du petit chaperon rouge

Photo Par Samuel Matteau

Pour le lancement officiel du film d'animation La véritable histoire du petit chaperon rouge, Cinoche.com a rencontré pour vous les artisans québécois derrière le doublage du film. C'est donc avec Pierre Lebeau, Béatrice Picard, Raymond Bouchard et Manuel Tadros, responsable des chansons, que nous nous sommes entretenus pour vous offrir ce dossier. Le film prendra l'affiche dans les salles ce vendredi 13 janvier.

Manuel Tadros - Responsable des chansons

Comment vous a-t-on approché pour le projet?

"Il y a trois ans, on m'avait appelé pour le film Chicago. On m'a demandé d'écrire les chansons et choisir les interprètes et ça a très bien fonctionné. Depuis, j'ai eu l'occasion de faire plusieurs adaptations de chansons comme, par exemple, Santa vs the Snowman, un film d'animation présenté en IMAX depuis trois ans. J'ai aussi travaillé sur des génériques de chansons pour Vrack TV et Télétoon. Les producteurs ont donc su à qui ils avaient à faire. J'ai écouté le film en version originale et j'ai beaucoup ri. Puis j'ai accepté et j'avais une semaine pour faire le boulot."

Comment vous est venue l'idée de prendre des artistes connus?

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"J'ai dit au producteur : vous avez choisi des stars pour le doublage, alors pourquoi pas prendre des artistes connus pour interpréter les chansons? Ils ont hésité en pensant que les artistes n'accepteraient pas. Je leur ai dit que je m'en occuperais. Et au final, Martin Deschamps, Patrick Normand et les Loco Locass ont accepté avec plaisir. Par contre, les Loco Locass avaient quelques exigences imposantes. Ils voulaient écrire le texte, que le tout soit en québécois et que leurs noms soient dans la chanson. Alliance a accepté. Ce fut un bon coup! Il y a eu quelques petits changements de dernière minute concernant quelques chansons. Celle du petit chaperon rouge n'a pas été chantée par Karine Vanasse due à un problème d'horaire. Il fallait donc que je trouve un plan B. J'ai fait quelques recherches sur Internet et je suis tombé sur le site d'Ariane Gauthier. Sa voix était identique à celle de Karine. On s'est contacté, elle a accepté et tout s'est très bien déroulé. La ressemblance est quasi parfaite."

Quelles sont les difficultés de doubler et d'interpréter une chanson originalement anglaise pour la jouer en français?

"Tout d'abord, le film n'est pas doublé en québécois, mais bien en français formatif. Ce sont Martin Deschamps et Loco Loccas qui viennent ajouter une petite touche québécoise. La difficulté principale dans ce type de travail d'interprétation est de suivre le rythme de la chanson en gardant l'accent et le ton du mot sans déformer le tout. Il y a aussi les fameux accents toniques à respecter. Ceux français se retrouvent sur la première gamme tandis que ceux anglais, sur la dernière. C'est tout qu'un défi. Il faut aussi s'assurer de respecter la mélodie, qu'elle soit agréable à écouter et surtout, qu'elle soit de la même durée que l'original. C'est très difficile quand on pense que tout ça est créé dans la même semaine. L'enregistrement s'est effectué sur trois jours. J'avais une semaine pour faire mon booking et trouver mon monde en plus de faire du doublage pour deux autres films. Ce fut assez chargé comme semaine."

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Pensez-vous qu'en mettant les noms des doubleurs en avant-plan cela soit un bon moyen de commercialisation?

"Oui c'est sur. Par exemple, quelqu'un qui aime Patrick Normand et qui sait qu'il va doubler un film, c'est clair qu'il va aller voir de quoi il est question par simple curiosité. On a le goût d'aller voir nos stars québécoises dans un film. Le public ne pense pas au processus technique derrière l'œuvre. Ce qui compte c'est s'asseoir et vivre la magie. Le nom suffit pour créer cette magie pour eux."

Que pensez-vous à propos des films qui sont encore doublés en France?

"Je suis membre du conseil d'administration du nom des artistes depuis huit ans. Nous travaillons très fort et l'on met beaucoup de pression sur les gouvernements pour avoir une loi hermétique qui ferait en sorte que tout projet extérieur soit doublé au Québec. Nous avons réussi à avoir Dreamworks, mais on a perdu un petit bout de Warner et Universal. Le plus dur c'est les séries télévisées. La plupart sont tournées ici au Canada, mais doublées ailleurs, c'est une honte. Fait intéressant, le fédéral a ajouté un petit million pour le doublage ce qui va permette à une quarantaine de films de plus d'êtres doublés ici."

Pierre Lebeau - Le Loup

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Comment se déroule une journée typique dans le rôle d'un doubleur?

"C'est une journée très technique. Tu arrives sur place et tu n'as même pas vu le film. La directrice artistique t'explique la nature du personnage et l'essence du film. Puis, tu regardes quelques petits extraits. On te donne ta partie du texte, on t'explique l'esprit dans lequel le personnage est. Ce qui est difficile dans le travail de doubleur c'est d'essayer de s'organiser pour que le texte français colle le mieux avec ce que l'on voit à l'écran. Si le personnage bouge, la voix doit bouger, s'il force, on doit forcer. C'est aussi un travail de projection, on doit supposer ce que l'autre va faire, car dans le monde du doublage, on travaille souvent seul avec le technicien. La journée se passe relativement vite, mais parfois, c'est compliqué. Se plier au rythme de quelqu'un d'autre c'est tout un défi. J'ai passé environ dix heures en studio pour l'enregistrement. Ça tout de même été une belle expérience n'ayant pas beaucoup fait de doublage auparavant."

Des projets pour 2006?

"Quelques projets de cinéma. Il y a aussi la diffusion d'une télé série tournée ici à Québec : Chambre 13. Une série qui propose une vue, mais fait par dix réalisateurs et dix scénaristes différents. Une production Des Années Lumières. Je vais aussi apparaître dans le nouveau film de Dan Bigras : La rage de l'ange. Un autre projet de série est aussi en développement."

Béatrice Picard - La grand-mère

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Avez-vous aimé votre expérience?

"J'ai beaucoup aimé parce que c'est un film qui sort des normes. Je suis contente que le film ne soit pas sorti pendant le temps des fêtes, car le public aurait pensé qu'il s'agissait d'un film pour enfant alors que c'est faux. C'est un film qui rejoint autant les plus vieux que les plus jeunes. Il y a plusieurs degrés dans cette petite histoire aux allures anodines. C'est d'ailleurs ce qui apporte une vague de fraîcheur dans le cinéma d'animation. Il y a même matière à réflexion quand on y porte attention. J'aime bien faire des choses qui sortent de l'ordinaire, donc lorsque j'ai vu le film pour la première fois j'ai été très enthousiaste d'y participer. Ça été une petite trouvaille!"

Combien de temps avez-vous passé en studio?

"Plus qu'une journée pour enregistrer ma voix. Mon personnage n'a pas beaucoup de ligne puisque la majorité du temps, elle pratique du sport extrême. Pendant la session d'enregistrement, j'étais seule. Cela m'a permis de me concentrer davantage et avoir une meilleure performance et ainsi, être aux aguets de l'actrice américaine."

Voyez-vous une bonne stratégie dans le fait de mettre en avant-plan les noms des doubleurs?

"J'espère que ça va apporter de très bon résultat. Je suis très contente que le travail des Québécois soit mis en avant-plan, car souvent, dans les longs métrages, il n'y a pas de crédit fait aux doubleurs. Il est important de donner du mérite aux artisans d'ici. Cela apporte une couleur différente, une marque québécoise. Nous avons notre propre ton et une façon de parler bien à nous. Il est important que les gens s'identifient aux personnages et grâce à cette stratégie, j'ai l'impression que l'identification est plus efficace."

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Que pensez-vous des films qui sont encore doublés en France?

"Quand un film est fait aux États-Unis, il est doublé en France, en Espagne, par des Espagnols. Pourquoi pas venir le doubler au Québec? Pourtant, ce sont les premiers à profiter du meilleur prix du marché pour venir tourner ici. Quand un film vient au pays, il faudrait qu'il soit doublé par nous. C'est sur qu'il y a quelques exceptions comme les films d'auteurs. Les budgets pour faire le film versus celui pour le doublage sont ridicules. C'est aberrant d'apprendre que par la suite, le film a fait des recettes d'un milliard (rires)."

Pensez-vous qu'un jour, les personnages animés remplaceront les humains?

"Il fut un temps ou on parlait d'un cinéma en 3D. Peut-être qu'un jour ça arrivera, c'est possible. Je ne suis pas contre. Il faut qu'il y aille des expériences de fait. C'est une technologie qui est en pleine expansion. C'est une formule où que les humains font autre chose. C'est pour ça que j'aime faire du théâtre (rires). Je suis d'accord avec le progrès et peut-être qu'un jour, la technologie permettra de remplacer les réalisateurs. (rires)"

Vos projets pour 2006?

"Je vais faire beaucoup de théâtre. J'interpréterai le rôle d'une vieille femme dans une pièce anglaise intitulé : The Old Lady. Le tout va être prêt à la fin du mois d'avril. Je vais aussi continuer le doublage de Marge dans Les Simpson. Nous venons de finir la dix-septième saison et ça ne semble pas être fini pour la famille Simpson."

Raymond Bouchard - Le bûcheron

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Comment vous a-t-on approché pour le projet?

"S'il m'ont choisi parce que je ressemblais à mon personnage (le bûcheron), je ne le prends pas. Il est gros, laid et pas intelligent. J'ai vu le film en anglais et j'ai beaucoup apprécié. La gang était belle alors j'ai accepté avec plaisir. J'ai passé environ quatre ou cinq heures en studio. Ce n'est pas long puisque mon personnage parle moins que les autres. Il arrive plus tard dans l'histoire. J'ai passé quelques heures avec Manuel Tadros pour la chanson du personnage et quelques autres avec Lisette qui me dirigeait avec le texte. J'ai été seul avec le technicien toute la durée de l'enregistrement. Je n'ai même pas eu la chance de voir Karine Vanasse." (ndlr : nous non plus, puisqu'elle n'y était pas pour donner des entrevues.)

Voyez-vous une bonne stratégie dans le fait de mettre en avant-plan les noms des doubleurs?

"Bien sûr que c'est une bonne idée. Ça fait longtemps que je fais du doublage et avant, les noms n'étaient jamais soulignés. Cette mode a commencé aux États-Unis. C'est un coup de marketing à coup sûr. Les gens visionnent la bande-annonce et voient apparaître le nom d'artistes québécois, alors ils sont contents, et vont voir le film pour nous encourager. Les distributeurs se servent de nos noms pour vendre le film et ça marche."

Vos projets personnels pour 2006?

"J'ai eu un gros automne cette année. Je vais être présent dans la série Casino qui sort prochainement, dans Annie et ses hommes et une petite apparition dans un film français au côté de Jean Rochefort. Je vais être porte-parole des Rendez-vous du cinéma québécois, du 16 au 26 février à Montréal. Un événement qui est, à mon sens, sous-médiatisé. C'est un festival de films qui regroupent des longs-métrages, des documentaires, des courts-métrages et une foule d'activités intéressantes. C'est la relève qui est présentée à ce festival. C'est un événement qui se déroule sur 10 jours. Cette année, c'est le film de Robert Morin Que Dieu bénisse l'Amérique qui sera le film d'ouverture."

L'avis de Cinoche.com

Bien qu'on ne puisse que saluer la rigueur, le professionnalisme et l'efficacité du doublage québécois du film, il faut dire qu'il s'avère plus souvent ennuyant et presque jamais drôle. L'animation ne relève aucun standard, ni le scénario, qui se contente des clichés pour faire rire. Les gags qui font mouche sont trop rares pour recommander ce film. Surveillez la critique complète de Samuel Matteau dès vendredi.

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