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Samedi 19 mai 2012 à 07h00

L'Hebdo : Tel est pris qui croyait prendre

Photo Par Karl Filion
Une scène de The Dictator

Sacha Baron Cohen s'est construit une vaste galerie de personnages loufoques lors de son émission Da Ali G Show, diffusée en 2000 sur Channel 4 en Grande-Bretagne puis aux États-Unis sur la chaîne HBO en 2003-2004. The Dictator, qui prend l'affiche cette semaine, est le premier film conçu et joué par l'acteur à être entièrement scénarisé et mis en scène depuis Ali G Indahouse, un film réalisé en 2002 mais qui n'a jamais pris l'affiche au Québec ni aux États-Unis (le film est paru en DVD en novembre 2004). Il était impossible pour l'acteur, qu'on a vu depuis dans Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby, Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street et Hugo, de passer inaperçu sous les traits d'un nouveau personnage maintenant que ses méthodes ont été dévoilées publiquement.

Comme HBO est une chaîne privée payante qui compte à ce jour un peu moins de 29 millions d'abonnés (moins de 10 % de la population totale des États-Unis), Baron Cohen demeurait un relatif inconnu avant 2006, lors du tournage de Borat. Il pouvait donc se présenter comme étant le Kazakh Borat Sagdiyev, un « véritable » journaliste en visite aux États-Unis, auprès de ses victimes qui le reçevaient de bonne foi et qui tentaient, malgré son impertinence, de demeurer compréhensifs et respectueux de la culture de cet étranger. La mécanique de l'humour du film en entier était basée sur cette idée que les intervenants présentés à l'écran ne savaient pas qu'ils avaient affaire à une parodie.

Trois ans plus tard, lors du tournage de Brüno, Baron Cohen et ses méthodes étaient déjà mieux connus du grand public, et le tournage a apparemment été plus compliqué. De nombreuses scènes étaient donc de toute évidence scénarisées, et le personnage était bien connu des différents services de sécurité européens qui lui bloquèrent l'accès à certains événements. C'est d'ailleurs ce qui pousse le personnage à quitter pour l'Amérique au début du film.

Impossible aussi de piéger des personnalités publiques vu cette notoriété; dans Brüno, qui met en scène un homosexuel autrichien spécialiste de la mode qui débarque aux États-Unis pour devenir célèbre, Paula Abdul est piégée lors d'une entrevue organisée par l'acteur. Elle quitte précipitamment l'entrevue lorsqu'elle réalise qu'elle doit s'asseoir sur un jardinier mexicain. Le personnage est ensuite incapable d'obtenir une entrevue avec qui que ce soit d'autre à Hollywood à cause de cette mésaventure qui a rapidement fait le tour de la ville. Impossible de piéger quelqu'un d'autre.

L'acteur l'a d'ailleurs lui-même constaté; en décembre 2007, il avait déjà annoncé la mort de ses personnages au Daily Telegraph, un quotidien londonien. « Chaque nouvelle personne qui voit Borat est une personne de moins que je peux « piéger » avec Borat. », dit-il dans l'article.

Pour The Dictator, on a donc engagé des acteurs pour apparaître dans des caméos mis en scènes par le réalisateur Larry Charles, qui était aussi à la barre de Borat et de Brüno. Dans ce cas-ci, Megan Fox et Edward Norton, entre autres (pas toujours consciemment), se prêtent au jeu, tandis qu'Anna Faris et Ben Kingsley, des acteurs connus, incarnent de véritables personnages intégrés à la trame narrative. Cette nouvelle façon de faire change complètement la dynamique par rapport aux deux films précédents, qui présentaient les personnages dans le cadre d'événements publics et souvent incognito.

Une chose ne change pas cependant : Baron Cohen assure toute la promotion de son film dans le rôle du personnage principal, cette fois-ci le Général Aladeen de Wadiya. Il était sur la Croisette au Festival de Cannes cette semaine (à dos de dromadaire), il a « échappé » les cendres de Kim Jong-Il sur Ryan Seacrest lors de la cérémonie des Oscars plus tôt cette année et il est apparu, muni de sa longue barbe et de son costume militaire, dans la plupart des talk shows de fin de soirée aux États-Unis. Il a même récemment félicité le vainqueur de l'élection présidentielle française François Hollande.

Pour Borat, Baron Cohen s'est présenté sur le tapis rouge du Festival de Toronto dans un wagon tiré par des « paysannes kazakhes » alors que pour Brüno, il était apparu du plafond dans le visage d'Eminem lors de la cérémonie des MTV Video Music Awards en 2009, prétextant une difficulté technique.

Lors de sa sortie en 2006, Borat a récolté 128,5 millions $ aux États-Unis. L'aspect nouveauté et une rumeur favorable y sont sans doute joué pour beaucoup dans ce succès imprévisible. En 2009, Brüno, moins réussi - plus choquant peut-être - n'a amassé que 60 millions $. Que peut espérer The Dictator? Simplement que les fans de Baron Cohen feront avec lui le passage vers la comédie traditionnelle, scénarisée et mise en scène jusque dans ses moindres détails. Et franchement, ce n'est pas certain...

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