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Samedi 15 décembre 2012 à 07h00

L'Hebdo : La fin vient à qui sait attendre

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Martin Freeman dans The Hobbit: An Unexpected Journey

Les différents chapitres de la franchise Lord of the Ring de Peter Jackson sont reconnus pour leur longue durée. Le premier opus de la série - The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring - dure 178 minutes dans sa version cinématographique, 208 dans sa version allongée et 228 minutes dans sa version allongée offerte sur l'édition spéciale Blu-ray. The Hobbit: An Unexpected Journey, qui a fait son apparition dans les salles hier, ne fait pas exception à la règle avec ses 169 longues minutes qui dépeignent la quête de Bilbo le Hobbit à travers la Terre du Milieu. Exceptionnellement cette année, en plus de The Hobbit: An Unexpected Journey, plusieurs films qui prennent l'affiche pendant la période des Fêtes outrepassent les deux heures. Jack Reacher et la comédie This Is 40, en salles la semaine prochaine, dureront respectivement 131 minutes et 134 minutes tandis que Django Unchained, le nouveau film de Quentin Tarantino, durera 165 minutes et au drame musical Les Misérables, de Tom Hooper, 158 minutes. Même Les Pee-Wee 3D : L'hiver qui a changé ma vie, film québécois de hockey qui prendra l'affiche le 21 décembre prochain, excède les deux heures (de deux minutes, mais les dépassent quand même!).

On pourrait penser qu'il y a un symbole de notoriété, de grandeur, derrière la longueur (excessive) d'une production cinématographique. Certains des plus grands classiques de l'histoire du cinéma américain - Gone with the Wind, Lawrence of Arabia, Apocalypse NowSchindler's List, The Shawshank Redemption, The Godfather, West Side Story, JFK - surpassent souvent les 140 minutes. Cela ne veut pas dire qu'un long film est automatiquement un bon film; Cloud Atlas, qui a pris l'affiche plus tôt cette année (seulement en version originale sous-titrée en français au Québec) durait plus de 170 minutes et a pourtant obtenu des critiques plutôt mitigées, même chose pour War Horse de Steven Spielberg, sorti à Noel l'an dernier, avec ses 2 heures 26 minutes.

Du point de vue du spectateur, les réactions face à ces films sont partagées; certains ont l'impression d'en avoir davantage pour leur argent alors que d'autres trouvent inévitablement le temps long après deux heures. Les distributeurs, les propriétaires de salles et les studios se réjouissent rarement, quant à eux, lorsque l'une de leurs productions dépasse les deux heures. La raison est très simple : un film long signifie moins de projections par jour, donc moins d'argent dans les coffres pour tout le monde.

Les producteurs ont par contre réussi à trouver certains moyens pour profiter de la créativité des réalisateurs. La nouvelle franchise The Hobbit de Peter Jackson en est un bon exemple. La saga devait être, à la base, un diptyque (deux films), mais Jackson a tellement filmé de scènes - ne se limitant plus grâce au numérique - que Warner lui a proposé (ou peut-être est-ce sa propre idée?) de faire trois moutures plutôt que deux. Bien entendu, pas besoin d'être très malin pour comprendre que le studio n'a pas que le bien de la franchise et celui des fans en tête en conseillant une telle avenue. Il voit les 700, 600 peut-être même les 800 millions $ de plus que le troisième chapitre récoltera. Mais vient un problème assez évident avec cette idée : si au départ le réalisateur avait prévu faire deux films, où trouvera-t-il le contenu pour un troisième? Parce que, oui, le livre de J.R.R. Tolkien offre beaucoup de matériel adaptable, mais reste que le scénario original a été élaboré pour deux films et non trois. On peut difficilement s'imaginer que tout ce qui se retrouvera dans la trilogie sera pertinent... Déjà que les premières minutes de The Hobbit: An Unexpected Journey paraissent assez superflues pour nous laisser croire à du remplissage.

Un cas de figure semblable s'est produit avec le Kill Bill de Quentin Tarantino au début des années 2000. Kill Bill qui devait originalement n'être qu'un seul film, mais, ce qui a débuté comme une blague entre le producteur Harvey Weinstein et Tarantino est rapidement devenu une nécessité lorsque le cinéaste a commencé à monter son film. Le réalisateur a finalement offert au public un film de 1h51 - Kill Bill: Volume 1 - et un autre de 2h17 - Kill Bill: Volume 2 - plutôt qu'un seul qui aurait certainement excédé les quatre heures.

Malgré tout, on peut comprendre pourquoi une oeuvre épique, se voulant grandiose et emphatique, prennent plus de deux heures pour développer sa mythologie et les différentes particularités de son récit, mais il est plus étrange de voir une comédie, comme This Is 40 de Judd Apatow requérir 134 minutes pour dépeindre les péripéties d'un couple dans la quarantaine... Apatow ne semble pas ici avoir retenu la leçon après que Funny People, son plus récent film en tant que réalisateur, s'écrase lamentablement au box-office (seulement 71 millions $ dans le monde entier pour un budget de 70 millions $) et obtienne des critiques plutôt négatives. Sa durée de 2h16 n'était certes pas la seule raison de son échec, mais elle a certainement contribué à l'hostilité qui entourait le film à sa sortie.

C'est probablement circonstanciel que cinq productions importantes qui excèdent les deux heures prennent l'affiche sur nos écrans en moins de six jours, et il n'y a pas lieu d'y voir une tendance à long terme. Il y aura toujours au sein du septième art des films qui mettront à profit les minutes qu'ils utilisent, mais trop de réalisateurs présentent, par narcissisme ou par incapacité à synthétiser - souvent trop proche de leur oeuvre pour en voir les défauts et les longueurs évidentes -, des longs métrages interminables qui pourtant auraient été bien meilleurs en 120 minutes ou moins. Espérons que les producteurs, avides de profits, insisteront suffisamment sur leur poulain pour qu'ils réduisent la durée de leurs films et qu'ils nous épargneront ainsi quelques longueurs.

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