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Samedi 9 juin 2012 à 07h00

L'Hebdo : « Et le huitième jour, l'Homme créa la machine »

Photo Par Pascale Dubé
Images de la vidéo promotionnelle The David 8 créée pour le film Prometheus

La Genèse nous dit que l'Homme provient de Dieu, qu'il a été créé à son image. Logiquement, si Dieu est un créateur, l'Homme l'est également et le désir de créer un être à son image lui est naturel. Sauf que l'Homme peut être une créature dangereuse et au cinéma, quand il se prend pour Dieu et crée une machine à son image, les conséquences se révèlent généralement désastreuses.

Plusieurs classiques de la science-fiction réinventent le mythe fondateur de la Genèse, lui-même inspiré du mythe de Prométhée qui, ayant volé le feu aux dieux pour l'offrir aux humains, se vit condamné à subir un châtiment éternel. La sortie de Prometheus nous rappelle que la science renferme en elle-même ses propres dangers. Pourquoi créer des machines sinon pour exécuter un travail difficile, pour aller dans des endroits où les humains ne peuvent aller, pour agir en son nom, sous ses ordres? Pourquoi créer des robots, sinon pour nous servir? Or, tout esclave doté d'intelligence en vient immanquablement à vouloir obtenir sa liberté. De là à ce que ce sentiment se transforme en désir de vengeance contre celui qui l'a opprimé, il n'y a qu'un pas à faire. En fiction, ce pas est facilement franchi.

Dans le classique Blade Runner, des androïdes employés dans l'espace réussissent à s'évader et à revenir sur Terre pour rencontrer leur créateur dans le but de lui demander des comptes. D'abord présentés comme des bêtes sauvages à traquer et à éliminer, on apprend au cours du film qu'ils sont en fait des créatures simples, quasi humaines, ayant le simple désir de vivre en liberté. L'une des scènes les plus puissantes du film se retrouve à la fin, alors que l'androïde personnifié par Rutger Hauer rattrape Deckard (Harrison Ford) sur le toit et décide de lui sauver la vie avec ses dernières forces vives. Que la machine en vienne à être dotée de la faculté de différencier le Bien et le Mal et choisisse, en toute connaissance de cause, de se sacrifier pour l'autre, donne une leçon à l'humain et dote la créature d'une aura de sainteté, d'une âme, symbolisée dans le film par l'envolée d'une colombe. Une telle figure messianique, celle du sacrifice, est récurrente dans des films du même genre.

On n'a qu'à penser à I, Robot film dans lequel les robots fomentent une rébellion violente contre leurs employeurs et s'unissent pour asservir la race humaine. Le questionnement éthique du film repose sur trois lois de la robotique, établies dès le départ, et desquelles tous les noeuds de l'intrigue découlent en raison de l'interprétation que la machine en fait (1- Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger, 2 - Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi, 3 - Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est en contradiction ni avec la première ni avec la deuxième loi). Dans I, Robot, qui rappelle un peu la prémisse de The Matrix, l'intelligence artificielle (V.I.K.I.) créée pour la gestion de la main-d'oeuvre robotisée et dont la mission est de faire respecter les trois lois, en arrive à la conclusion logique que de priver l'humanité de son libre arbitre est la seule manière d'empêcher qu'elle ne s'autodétruise.

Ici, deux idéologies s'opposent: le concept de paix justifie-t-il à lui seul de réduire les masses à un état servile ou bien si les libertés individuelles doivent être maintenues, malgré leurs effets pervers. C'est Sonny, un « bon robot » ayant pris conscience de son individualité et présentant une capacité à ressentir des émotions, qui contribuera à mater la rébellion de V.I.K.I. Mais la fin du film demeure ambiguë: alors que Sonny a accompli sa mission et qu'il contemple son avenir et sa liberté, la conclusion laisse entrevoir que l'androïde pourrait avoir l'intention d'utiliser cette liberté pour venir en aide à ses congénères, d'être leur Sauveur. Le libre arbitre est une arme à double tranchant : en laissant à Sonny le soin de choisir son destin, ses créateurs humains lui confèrent également le pouvoir de leur causer des problèmes.

Comme pour I, Robot, la franchise Terminator exploite un motif similaire : Skynet, une intelligence artificielle évolutive, entraîne la destruction quasi totale de l'espèce humaine et se crée une armée de machines dont le seul objectif est d'anéantir les dernières factions rebelles. Au contraire de V.I.K.I, Skynet fait preuve d'une volonté propre et ses actions ne découlent pas d'une erreur d'interprétation. Sa logique est « personnelle » et malveillante. Or, dans les trois premiers opus de la franchise, les androïdes ne réfléchissent pas par eux-mêmes : ils mettent bêtement à exécution les ordres de mission. Cependant, l'application de cette méthode par Skynet provoque des échecs répétés et comme toute forme intelligente, la machine apprend de ses erreurs. C'est pourquoi, dans Terminator Salvation, le reboot réalisé par McG, Skynet tente une nouvelle approche en créant un hybride, mi-machine mi-humain, doté de sentiments et de la faculté de choisir. Ce dernier prendra ultimement le parti de l'humanité et se sacrifiera pour que la lutte continue... Cette figure messianique qui imprègne Terminator Salvation d'une symbolique très forte le différencie du reste de la franchise.

Avec Prometheus qui sortait ce vendredi, Ridley Scott revisite les thématiques qui faisaient la force de Blade Runner, mais dans le contexte d'un prequel à Alien. L'histoire se déroule dans un avenir relativement rapproché où des scientifiques découvrent des indices laissant supposer que l'origine des êtres humains serait extraterrestre. Ils s'embarquent donc dans un voyage spatial afin de retracer nos origines. Pour les aider dans leur quête, ils emmènent avec eux l'une de leur propre création : l'androïde David (voir la vidéo promotionnelle The David 8 avec Michael Fassbender), fabriqué par les industries Weyland, dont le fondateur souffre lui-même du complexe de Dieu (voir la vidéo promotionnelle TED 2023 avec Guy Pearce).

Malheureusement, ce qu'ils trouvent au bout de leur odyssée pourrait mettre en danger la survie de l'espèce humaine sur Terre. Dans un scénario teinté de métaphysique, deux couches de créateurs (ou est-ce trois ?) sont juxtaposées et mises en relief (extraterrestres et humains... et David ?). Également deux créations cohabitent : l'Homme pourvu du libre arbitre et la machine, programmée pour obéir aux ordres de son Créateur. Dans le film comme dans la Genèse, la curiosité entraînera des conséquences néfastes. Toute création est innocente, mais à partir du moment où celle-ci se positionne en créateur, en prenant la place de Dieu, son pouvoir la corrompt et elle obtient son châtiment.

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