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Samedi 21 juillet 2012 à 05h00

L'Hebdo : Christopher Nolan, le magicien

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Christopher Nolan sur le plateau de The Dark Knight Rises

En tant que critique de cinéma, on me demande souvent quel est mon film préféré. Évidemment, il n'y a pas de bonne réponse à cette question épineuse, mais si on insiste, je réponds instinctivement Memento. Ce film a complètement transformé ma vision du septième art, il a ouvert mes horizons, m'a complètement bouleversée. Depuis la parution de cette oeuvre unique - volontairement déconstruite et décousue - au début des années 2000, je suis une grande admiratrice du travail de Christopher Nolan, l'un des plus grands à Hollywood aujourd'hui. Il choisit ses projets, ne se fait pas imposer d'idées et réussit à apposer une touche personnelle à chacune de ses oeuvres. Tout ce qu'il touche se transforme en or. Le nom de Christopher Nolan est maintenant un gage de réussite tant critique que pécuniaire. Son plus récent film, The Dark Knight Rises, a pris l'affiche ce vendredi dans les salles et déjà, les spécialistes en font le succès de l'été, et même de l'année.

Né Christopher Jonathan James Nolan, le cinéaste a grandi à Londres. Il a réalisé son premier long métrage, titré Following, à la fin des années 90 avec un mince budget de 6 000 $. Le long métrage a fait la tournée des festivals et lui a permis de travailler sur son deuxième film; Memento, tourné deux ans plus tard. Nolan a rédigé le scénario de ce film (qui a lui a valu deux nominations aux Oscars) avec son frère, Jonathan.

Avec Memento, le réalisateur commence un long périple dans l'exploration des confins de l'esprit humain. Le film s'amuse avec le jugement du spectateur pour l'embobiner et le confondre. C'est un procédé qu'il utilisera à satiété par la suite. L'homme responsable de sa destinée, architecte de son avenir, sont des thématiques importantes dans l'oeuvre de Nolan. Ça et le mensonge. Le cinéaste utilise pleinement la feinte, tant au sein de la narration que dans le sous-texte, dans la structure de ces récits. Ceux que l'on croit morts ne le sont pas toujours et les gentils ont souvent tendance à devenir méchants au fil de l'histoire.

Après l'incomparable Memento, il réalise Insomnia, un suspense policier qui met en vedette Al Pacino et Robin Williams, et Warner Bros. l'approche pour réaliser les nouvelles aventures de Batman. Batman Begins, premier volet de la franchise paru en 2005, devient rapidement un succès planétaire, tant pour sa qualité scénaristique que technique. Christopher Nolan a, à ce moment (on l'ignorait à l'époque, mais c'est devenu évident plus tard), changé la manière de faire des films de super-héros, et pourrait-on dire, changé la manière de faire des films « populaires ». Avec ses atmosphères sombres, ses personnages troublés et ses images admirables, le cinéaste a su prouver qu'il n'y avait pas de petits sujets ou de sujets trop « grand public » pour un grand film.

Avant de réaliser The Dark Knight, le deuxième opus de Batman, il travaille sur The Prestige, un film sur un magicien obsédé par le travail de son compétiteur et désireux - jusqu'à la folie - d'être le meilleur. Christopher Nolan a réquisitionné le talent de son Batman, Christian Bale, pour apparaître dans une autre de ses productions. Dans The PrestigeBale incarne un prestidigitateur prêt à tout. Comme le font plusieurs réalisateurs, Nolan a pris l'habitude de recycler un petit bassin d'acteurs pour ses productions. Michael Caine, l'interprète d'Alfred dans la franchise Batman, est probablement l'un des ou le plus utilisés par Nolan. Il est présent dans tous les films de ce dernier depuis 2005. Cillian Murphy est aussi l'un des préférés du réalisateur, on peut le voir dans Batman BeginsThe Dark Knight et Inception. Tom HardyMarion Cotillard et Joseph Gordon-Levitt ont su prouver leur talent dans des rôles bien différents lorsqu'ils sont apparus dans les deux dernières productions du réalisateur et Ken Watanabe, aussi notable dans la filmographie de Nolan, incarnait un maître des arts martiaux dans Batman Begins et un dirigeant de compagnie malhonnête dans Inception.

Lors de sa sortie dans les salles en 2008, The Dark Knight attira les foules jusqu'à amasser plus de 1 milliard $ dans le monde. À ce jour, le film est classé en quatrième place des films les plus rentables de tous les temps en Amérique du Nord. Suite à cet immense succès, il est évident que Warner Bros. tenait dur comme fer à une autre suite. Selon les rumeurs, Nolan a hésité quelques temps avant d'accepter l'offre du studio qui lui proposait de financer son projet personnel (Inception) s'il dirigeait le troisième - et dernier - Batman. Avide d'une trilogie à l'histoire glauque du super-héros, Warner donne carte blanche à Nolan pour réaliser son film, sur lequel il travaillait à l'écriture depuis plus de dix ans. La magie opère une nouvelle fois et Inception, un suspense de science-fiction qui se déroule au coeur de l'esprit humain, récolte 825 millions $ à travers le monde.

Christopher Nolan est sans aucun doute un magicien. Il est parvenu à nous faire croire qu'Hollywood n'était pas qu'une usine à profits, qu'il pouvait encore engendrer des chefs-d'oeuvre et que l'argent n'était qu'une agréable récompense. Même ceux qui disent vouloir un « divertissement facile », s'asseoir dans une salle de cinéma pour oublier leurs problèmes quotidiens, ne peuvent pas préférer un Transformers de Michael Bay à un Batman de Christopher Nolan. Quand on peut avoir le divertissement, l'intelligence et l'émerveillement dans un seul et même film, on peut parler de magie...

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