entrevue
Jeudi 13 décembre 2012 à 16h11

Jacques Audiard parle de De rouille et d'os

Photo Par Karl Filion
Jacques Audiard

De rouille et d'os, le plus récent long métrage de Jacques Audiard, présenté à Cannes, à Toronto et à Cinémania au cours de la dernière année, prend l'affiche chez nous ce vendredi. Le réalisateur a coécrit le film avec Thomas Bidegain, qui a aussi participé au scénario de Un prophète, sorti en 2009 en France. Le long métrage, qui met en vedette Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard, raconte l'histoire d'amour entre un homme, un bagarreur de rue, et une dresseuse d'orque victime d'un grave accident.

Rencontré au Festival de Toronto en septembre dernier, le réalisateur déclare avoir souhaité changer de ton avec ce film. « Raconter une histoire d'amour, c'est aller vers un autre public. J'ai eu l'envie de travailler avec une femme, de raconter une histoire d'amour, mais aussi de ne plus être dans des trucs de mecs un peu violents. Voilà, d'aller vers un autre public; de me poser la question à savoir si je peux, si j'ai le droit, si je suis accepté. Si je peux parler cette langue-là. »

Jacques Audiard évoque ensuite le travail d'écriture. « On croit assez peu au sujet en soi, on croit d'abord à une réflexion sur le cinéma. Par exemple, vous sortez d'un film, vous avez appris un certain nombre de choses, vous avez des envies, de désirs, on va parler de tout ça et puis, hop!, dans cette réflexion-là va tomber quelque chose qui sera un sujet. »

Bidegain poursuit : « Il y a des thèmes qui nous intéressent, mais on parle au moins autant de cinéma, d'images, de représentation, de morceaux du monde, de gens. Là où on se rejoint un peu, c'est qu'on pense à l'écriture d'un film comme d'un tout. Ce n'est pas comme si on écrivait d'abord l'histoire et que la forme allait venir ensuite. »

« Je ne crois pas au fond sans forme et à la forme sans fond, ajoute Audiard. La mise en scène n'est pas une valeur ajoutée à l'écriture, il faut penser le projet globalement, il faut penser à un film. Demandez à un musicien si les paroles viennent avant la musique... C'est très difficile car les paroles, c'est de la poésie, et la poésie, c'est déjà de la musique, et la musique... Un scénario, c'est penser comme du cinéma. »

Comment s'intègrent les comédiens dans cet univers? « La question qui se posait pour nous, c'était de rendre le personnage qu'on avait décrit dans le scénario séduisant. Le rendre sexy, charmant. C'est un personnage très violent, et évidemment, ça se reflétait sur le personnage de Marion. Il faut que le personnage séduise le public. Ça s'est produit au tournage, dans le travail avec Matthias. »

Est-ce qu'il peut mieux connaître son personnage que vous? « Oui, et il aurait intérêt à me le dire! Franchement, sinon, je ne le supporterais pas. C'est une collaboration. Moi je peux me tromper, et lui peut se tromper. Vous jouez, vous enchaînez des prises, l'acteur vous propose des choses, il faut que je sois attentif à sa proposition. Il m'est arrivé parfois de me faire une certaine idée après écriture d'un personnage féminin, et que l'actrice en le jouant m'a donné une tout autre idée du personnage. Je m'accroche à ça, parce que vous voyez la vérité, c'est là que ça éclaire. »

Quel est votre rapport à la vérité? « Le cinéma auquel je crois est le cinéma irréaliste. Le cinéma étant réaliste, on va donner des gages de réalité, et là-dedans, on va pouvoir aller très très loin dans ce qui serait à la limite de l'invraisemblance. C'est intéressant, car c'est là qu'on entre dans la fable. La réalité peut vous donner l'occasion de fabuler. »

« On savait dès l'écriture que c'était une histoire qui pouvait produire des images impressionnantes, enchaîne Bidegain, mais il fallait qu'elles soient ancrées dans un réel, pas quelles soient gratuites. »

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