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Vendredi 5 février 2010 à 15h17

Entrevues : Les sept jours du Talion

Photo Par Karl Filion
Fanny Mallette et Claude Legault dans Les sept jours du talion

Après 5150 rue des Ormes et Sur le seuil, un troisième livre de Patrick Senécal est adapté pour le cinéma. Les sept jours du Talion, qui met en vedette Claude Legault, prend l'affiche aujourd'hui. Dans ce film, un père, hanté par la mort de sa fille, sauvagement violée et assassinée par un criminel récidiviste, décide de le séquestrer pendant sept jours. Abordant de front la question de la violence, le film illustre un désir de vengeance, mais sans la simplifier. C'est d'ailleurs l'avis de Claude Legault : « On s'est éloigné du défaut américain de la vengeance rédemptrice. Ça reste un individu qui devient un monstre... » En pensant faire le bien? « Non, je ne crois pas qu'il essaie de faire le bien. C'est le héros américain qui essaie de faire le bien. Lui, il essaie de tuer un sale. D'échapper à sa propre douleur. Il pense qu'en le massacrant il va atténuer sa propre douleur, mais ça ne marche pas. C'est un coupable aussi. »

Est-ce que l'acteur en vient à en savoir plus sur le personnage que le réalisateur et le scénariste? « Oui. Pas tout le temps, mais ça arrive. Le scénariste en sait un bout, mais c'est l'acteur qui continue l'écriture, qui lui donne une histoire, un background. Mon personnage, l'amour de sa vie, c'est sa petite fille. »

« À chaque scène, je me motivais en imaginant ce qui a fait à sa fille. Le viol, moi, je l'ai tout vu dans ma tête. Du début, tout, jusqu'à qu'il vienne dessus. J'ai tout vu. Quand je rentrais dans la pièce avec lui, j'étais prêt à lui en câlisser une. » Est-ce difficile de garder cette intensité jusqu'à la troisième, quatrième ou cinquième prise? « Non. C'est ma job. »

Podz, le réalisateur de Minuit le soir et de C.A. en fait son premier long métrage. Pourquoi avoir choisi ce projet comme premier film? « Parce que quand j'ai lu le livre, ça me parlait. Il y avait cette intention de ne pas prendre la violence à la légère; tsé, je suis un peu tanné de voir des Saw, des choses comme ça où la violence est plaisante. »

Y a-t-il une pression supplémentaire à être un réalisateur de télévision reconnu? « Je n'ai pas senti beaucoup de pression, honnêtement. J'avais beaucoup de libertés. J'ai eu des pressions des bouts pour atténuer la violence, mais je trouvais que c'était ça le livre, c'était le propos, donc je ne voulais pas le faire. Quand le monde a compris ça, tout le monde a embarqué. »

Est-ce que le langage du cinéma permet de dire des choses que les mots ne peuvent pas dire? « Beaucoup. Moi, mon film idéal, il n'y a pas de dialogue. Pour moi, le cinéma c'est ça. Les images disent des affaires. Dans ce livre-là, tu as un gars qui ne parle pas, mais faut que tu comprennes ses états d'âme. Il faut avoir du temps, de la contemplation... Je ne trippe pas sur les voice-over, ni les gens qui se parlent à eux-mêmes. »

Ce doit être encore plus difficile pour les comédiens. « Oui, c'est tough, parce que tu n'as pas de dialogues, tu n'as que le body language. Mais en même temps, le body language, c'est déjà le principal des communications humaines. Moi et Claude, on se parlait beaucoup, on cherchait ce que le personnage avait dans la tête pour le transposer à l'écran. Claude et moi, on se comprend, on a une connexion très instinctive. » Est-ce que Martin (Dubreuil, le tueur) s'est senti exclu? « J'ai un peu fait par exprès qu'il se sente exclu, pour le rôle... C'est un acteur très instinctif, donc j'allais voir Claude, mais je ne parlais pas à Martin. Ça affectait sa performance. »

« Pour le film, j'ai beaucoup regardé la séquence d'ouverture de There will be blood, presque sans dialogue... J'ai regardé aussi Zodiac, où les plans sont tellement précis qu'ils font mal. Des films de Bruno Dumont. D'habitude, je garde mes références pour moi, parce que je préfère m'en nourrir et les passer à travers ma sensibilité. Pour moi, les hommages, les références, c'est du plagiat. Là, je t'en dis quelques-unes, mais... »

Pour Patrick Senécal, il s'agit du troisième roman à faire le saut au grand écran. Qu'est-ce qui différencie Les sept jours du Talion des autres de vos livres adaptés au cinéma? « Je pense que c'est un film particulièrement dur, sûrement le plus dur des trois, mais qui va obliger le spectateur à prendre une position morale vis-à-vis un sujet complexe. C'est moins un divertissement, peut-être, que les deux autres, mais c'est un film qui est plus confrontant. »

Est-ce que le langage du cinéma permet de dire des choses que les mots ne peuvent pas dire? « Je ne pense pas. C'est juste que le cinéma est plus « in your face ». La violence,, c'est compliqué, parce qu'au cinéma on ne peut pas la filtrer, l'éviter, on l'a dans la face. Quand on se demande comment montrer la violence au cinéma, je pense que les questions sont plus complexes que pour un livre. Ce sont des questions qu'on s'est posées pendant tout le tournage. »

Avez-vous eu de la difficulté à faire accepter la violence? « C'est intéressant parce qu'on a demandé cinq fois des subventions à Téléfilm Canada et à la SODEC (Patrice Sauvé et Robert Morin ont aussi été attachés au projet), et on ne les as pas eues. Nicole Robert s'est servie de ses enveloppes discrétionnaires. À partir du moment où on n'a pas eu de subvention... on peut faire ce qu'on veut. Nicole, qui est une femme très sensible mais qui a une grande confiance en ses réalisateurs et ses scénaristes, elle nous a fait confiance. Je pense qu'il fallait aller jusque-là. »

Les sept jours du Talion prend l'affiche aujourd'hui. Voyez d'ailleurs nos photos de la première du film, qui se tenait lundi dernier à Montréal, en cliquant ici.

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