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Vendredi 31 juillet 2009 à 15h00

Entrevues : Les doigts croches

Photo Par Karl Filion

Le scénariste Ken Scott passe à la réalisation avec la comédie Les doigts croches, un premier long métrage qui se déroule sur le chemin du pèlerinage de Compostelle mais qui a été tourné en Argentine avec Roy Dupuis, Patrice Robitaille, Claude Legault, Jean-Pierre Bergeron et Paolo Noël.

Voyez notre galerie de photos de la première du film, qui se tenait à Montréal le 27 juillet dernier, en cliquant ici.

Claude Legault

Pourquoi avoir accepté ce rôle? « Il y avait une moustache qui traînait quelque part, et ils avaient besoin d'un acteur pour mettre en-dessous... Non! J'ai accepté le rôle parce que c'était bon. »

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Il y a beaucoup de vedettes dans le film, des acteurs expérimentés, mais aucun ne ressort particulièrement. « Exactement. Nous, on faisait notre travail, et on a assez d'expérience pour savoir qu'à la fin de la journée, on n'aurait pas le temps de tourner un plan. Personne ne va faire une crise parce qu'il n'a pas eu son gros plan. »

Le film est drôle, peut-on supposé qu'on peut s'amuser sur le plateau? « Des bouts c'était assez niaiseux. C'était drôle mais c'est surtout un humour de situation, pas des gros gags, un humour de one-liners. Mon personnage ce n'est pas le plus drôle, mais ce n'est pas le moins drôle non plus. Il ne comprend rien. Il aimera ça comprendre, il fait des efforts, mais il ne comprend pas. »

Est-ce qu'il arrive que l'acteur apprenne quelque chose au réalisateur sur le personnage? « On ne lui apprend rien, en fait, on lui rappelle des choses. Un moment donné tu te mets à vivre ton personnage, tu l'habites, il est à toi. En le tournant, tu continues de l'écriture. La première fois que tu réalises, tu vois que l'acteur, il faut le laisser écrire aussi. Ken a une grande intelligence, il est capable de s'adapter à tout ça. »

Paolo Noël

« André Rouleau, le producteur, m'a téléphoné pendant que j'étais en Floride. Avant toute chose, il y avait une chose à régler puisqu'il fallait aller tourner en Argentine : il faut que ma femme soit avec moi. C'est ma conseillère, c'est elle qui me critique, même si ce n'est pas le fun tout le temps. »

« Il n'y a pas un de ces gars-là à qui j'avais parlé dans ma vie avant le tournage. Je ne les connaissais quasiment pas, parce que je suis toujours parti en dehors. J'ai été longtemps en dehors du système. J'étais un petit peu inquiet, mais j'étais content de travailler avec Roy Dupuis. Quand on s'est rencontrés, j'étais un petit peu gêné. »

Patrice Robitaille

Partir deux mois en Argentine pour un tournage, c'est déjà un gros commitment. « Oui, c'est un gros projet, mais des projets de même, on en prendrait plus souvent. »

Est-ce qu'il arrive que l'acteur apprenne quelque chose au réalisateur sur le personnage? « Ça dépend du type d'acteur ou d'actrice que tu es. Moi, je ne suis pas très loquace. Je ne pose pas beaucoup de questions et je ne parle pas beaucoup... Bien, je parle beaucoup pour niaisier, pour détendre l'atmosphère, mais j'essaie d'avoir fait mes devoirs et de surprendre le réalisateur. J'essaie de faire ma job mais de ne pas l'intellectualiser. »

« Pour moi, le réalisateur est le premier spectateur. Si lui achète ce que je fais, bien le spectateur dans la salle va le faire aussi. »

Faut-il mieux dans ce cas faire plusieurs prises pour peaufiner le jeu? « De nos jours, ça va tellement vite, tu es aussi bien d'être sur le gun et de faire ton travail. De plus en plus, c'est un métier où il faut que tu sois bon, mais que tu sois efficace aussi. C'est beaucoup ça. Si ça prend trois prises pour te mettre dedans, pour répondre aux questions que tu as dans la tête... on ne verra pas la fin de nos journées. »

« Ce que j'aime c'est quand je connais l'échelle du plan. Le réalisateur pense peut-être que ce n'est pas important pour nous autres, mais j'aime savoir comment la scène va être découpée, parce qu'on ne fera pas les affaires pareil. C'est une job de précision, c'est une création à plusieurs têtes. »

Est-ce que le fait de partager l'écran avec Claude, Roy, Paolo et Jean-Pierre ajoute une compétition entre les comédiens? « Honnêtement : fuck all. Pour vrai là. Je te dirais qu'en vieillissant, ce qui me séduit, ce n'est pas seulement ma partition, mais l'histoire qui est racontée. Je ne lis pas un scénario de la même façon qu'il y a dix ans, je vois plus l'ensemble de l'affaire. Moi je veux que l'histoire soit trippante, soit captivante, alors mon gros plan, je m'en torche. Si collectivement on est bons, chaque individu dans l'affaire va y trouver sa reconnaissance. »

Jean-Pierre Bergeron

Qui est ce personnage que vous incarnez? « Il a un rêve, il veut ouvrir un restaurant. Il veut être respecté, être quelqu'un dont il n'aura pas honte. »

Il a honte de ses origines, le « faubourg à m'lasse ». Cela ajoute-t-il une profondeur au personnage? « Son origine est importante. C'est très important pour moi d'étudier le sous-texte, ce qui n'est pas écrit. De me familiariser humainement avec le gars que je vais jouer. Pour, je l'espère, qu'il n'y ait rien dans la fiction qui me soit humainement étranger. »

Est-ce qu'il arrive que l'acteur apprenne quelque chose au réalisateur sur le personnage? « Je pense que c'est un effet de réverbération, d'échange et d'entraînement. Il y a une interaction, c'est sûr, mais je pense que le fait que ce soit un acteur plutôt qu'un autre, ça change le personnage. Ken, étant le scénariste et le réalisateur, connaît l'œuvre au max. Il connaît le texte profondément, donc, je pense que c'est à lui de me guider. Il y a une partie de l'échange entre l'acteur et le réalisateur qui est non-verbal. »

Roy Dupuis

Tourner à l'étranger pendant plus de deux mois doit aider à former l'esprit d'équipe. « À partir du moment où il y a équipe, où la distribution a bien été faite, oui. Mais ça peut être l'inverse aussi. Cette fois-ci, c'était une belle gang, une belle gang de fous, mais des fous qui sont à leur place. Ce sont tous des acteurs qui sont là pour raconter une histoire. »

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Est-ce que des problèmes d'égo peuvent survenir? « Je ne pense pas que des vedettes qui ne sont pas à leur place, ça peut survivre au Québec. Le milieu est trop petit. Cette game-là ne se joue pas ici, il n'y a pas assez d'argent. Ça ne survivrait pas au Québec. Les vedettes au Québec sont là pour les bonnes raisons, parce qu'ils ont un respect pour les histoires et ceux qui les racontent. »

« Travailler avec un auteur qui réalise son histoire, ça permet d'entrer plus facilement dans son univers. »

Est-ce qu'il arrive que l'acteur apprenne quelque chose au réalisateur sur le personnage? « C'est supposé arriver. En général c'est ce qui se produit. Quand moi, je travaille un personnage, j'en ai rien qu'un, et en plus, t'arrives à le sentir. Tu le vois d'un œil différent. Passer du papier à la troisième dimension ajoute quelque chose de plus. Moi, je vois le personnage en trois dimensions, grâce à l'information imaginée par l'auteur. »

« Un film, c'est un travail d'équipe, en endossant son histoire et son personnage, je vais m'en inspirer des idées, des couleurs, des gestes. C'est à moi de partager ça avec les créateurs, alors on se relance la balle. C'est un travail d'équipe. »

Leur origine est-elle importante pour mieux les comprendre? « C'est assez important d'où ils viennent pour camper ces bonshommes-là. Le quartier du « faubourg à m'lasse », c'est important, parce que le film parle de ça. D'où tu viens, ça a une grande influence sur ce que tu vas devenir. Donc, oui, pour ce film-là, de connaître un peu le quartier, c'était important. »

« Pour moi, Charles, c'est le plus honnête de la gang. Mais il ne le sait pas. Il le découvre. Il n'est pas assez méchant, il n'ira jamais assez loin pour le faire comme il faut. Il est devenu un voleur pour être respecté, mais dans le fond c'est un bon gars. »

Il ne change pas tellement, il se découvre... « Se découvrir, c'est changer aussi. Mais d'une certaine façon, oui. Il ne change pas, il se découvre. Il s'accepte. »

Ken Scott

« Ça fait longtemps que je veux réaliser. C'est parce qu'il y a eu d'autres projets que je voulais faire en tant que scénariste que je ne réalisais pas. Il y a des projets, comme Maurice Richard, que je voulais absolument faire. Je voulais absolument faire un autre projet avec Jean-François Pouliot. Ça ne me dérangeait pas d'attendre, parce que scénariser c'est aussi une façon d'apprendre. »

Est-ce que le fonctionnement du plateau vous a étonné? « Non, parce que j'ai déjà été acteur. Je sais comment ça se passe sur un plateau. Ce qui m'a étonné, c'est peut-être le fait à quel point la journée passe rapidement. Je le savais, mais de le vivre, c'est assez intense. »

Et là, en tant que réalisateur, il faut faire tous les choix... « Quand on sait exactement pourquoi une scène a été écrite, on peut aller plus facilement à l'essentiel, on peut faire de meilleurs choix. Les deux métiers ont des similarités. On raconte des histoires, on doit avoir une vision des choses. Là où c'est différent, c'est que le scénariste doit inventer, et le réalisateur doit créer. »

« Le réalisateur a un autre langage, et il est confronté à la réalité. C'est le vrai vrai monde, il y a des acteurs, des décors, une caméra à placer. C'est un combat de faire en sorte que ces éléments forment un univers. »

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