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Mercredi 2 juillet 2008 à 14h20

Entrevue : Patricia Rozema

Photo Par Karl Filion

La réalisatrice de Kit Kittredge : An American Girl, Patricia Rozema, était de passage à Montréal, dix-sept ans après sa participation au film Montréal vu par... pour parler de son nouveau film, qui met en vedette Abigail Breslin, Stanley Tucci et Julia Ormond.

Kit Kittredge : An American Girl raconte l'histoire d'une petite fille téméraire qui souhaite devenir journaliste pour le journal de Cincinnati. En pleine Grande Dépression, elle se liera d'amitié avec des sans-abri. Mais quand ces derniers sont accusés de vol, elle décide de mener sa propre enquête.

Patricia Rozema

Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire en particulier? « Pour les enfants. As-tu des enfants? Quand tu as des enfants tu veux leur donner quelque chose, et les miens sont assez jeunes pour que je puisse leur enseigner le cinéma. Beaucoup d’enfants grandissent sans savoir ce qu’ils veulent faire dans la vie. J’ai voulu montrer à mes enfants cette petite chose que je sais faire. Si ça les intéresse, tant mieux. Les enfants voient des films mais il ne savent pas comment ils sont faits. »

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Le film aborde quand même légèrement la Grande Dépression, une période très difficile à comprendre pour des enfants. « En effet, et je ne l’explique pas vraiment. Il y avait une scène où le père expliquait avec des dominos comment les gens avaient tout acheté à crédit et qu’ils ne pouvaient plus rembourser, que les magasins devaient fermer et que les gens perdaient leur emploi et ne pouvaient plus payer... mais c’était une très longue scène qui brisait un peu le rythme, donc elle n’est pas dans le film. »

« Mais j’étais excitée parce que nous sommes dans la même situation aujourd’hui. Tout le monde a acheté à crédit et ne peut plus rembourser. Cette partie de l’histoire se répète. »

Comment Abigail Breslin s’est-elle retrouvée dans le film? « Elle est arrivée avec le projet quand on me l’a offert. C’est une professionnelle, elle a fait tellement de films avant d’arriver à moi. Elle connaît tout, elle est très présente mais aussi rêveuse. »

Travailler avec des enfants n’est certainement pas facile. Sont-ils meilleurs à la première prise? « Tout le monde est différent. Certains sont meilleurs à la première prise, d’autres à la dixième... C’est pour ça que je tournais avec trois caméras en tout temps. Au cas où une seule scène est bonne, au moins, j’ai trois angles. »

Mais il faut éclairer tout le plateau! « L’éclairage est moins glamour, mais je ne voulais pas faire une Grande Dépression glamour de toute façon. »

Vos acteurs ont-ils une qualité commune? « J’allais dire que leur humour est subtile, mais il y a Joan Cusack qui est tellement excentrique. Je crois qu’ils sont si authentiques et réels dans les petits gestes pour faire le moins d’exagération possible. Comme ça, les émotions fonctionnent seulement en dirigeant l’œil au bon endroit. »

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« Ça va sembler absurde que quelqu’un qui a fait Kit Kittredge : An American Girl cite Tarkovski, mais quand même, il a dit : « L’Art est l’absence d’exagération consciente ». C’est comme un texte biblique pour moi, j’y crois vraiment. On détruit une scène émotive si on met trop d’emphase sur l’émotion, une scène effrayante est gâchée si on la manipule visiblement. »

Même si le film est conçu pour que les enfants se sentent concernées, tout n’est pas rose et ensoleillé. L’époque, déjà...« Il y a plusieurs intrigues en même temps; celle du journal, des sans-abri, de son père qui est parti... Je n’avais pas à tout résoudre joyeusement. »

« Je pense que le but de la fiction est de nous enseigner à surmonter des difficultés en général. Quand on est plus vieux, on peut regarder un film qui se termine mal parce que qu’on en retire quand même de la sagesse. On le prend comme un avertissement. »

« Je ne sais pas si les enfants peuvent supporter autant de tristesse. Ils ont besoin de plus de lumière, il faut bien mesurer le niveau de noirceur qu’ils sont capables de supporter. Les enfants n’ont pas de filtres, et si on les bombarde trop, leurs cœurs ne peuvent plus s’ouvrir parce qu’il y a trop de noirceur autour d’eux. »

« Si on leur permet d’être créatifs, confiants et aimés dès les premières années, ils seront capables ensuite de voir toutes les histoires tordues que vous voudrez. »

Le film prend l'affiche ce vendredi à Montréal.

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