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Vendredi 17 septembre 2010 à 11h16

Denis Villeneuve parle d'Incendies

Photo Par Karl Filion
Denis Villeneuve sur le plateau d'Incendies

Après Polytechnique, le réalisateur Denis Villeneuve présente son nouveau long métrage, Incendies, d'après la pièce de Wajdi Mouawad, ce vendredi. Lubna Azabal, Maxim Gaudette, Mélissa Désormeaux-Poulin et Rémy Girard composent la distribution du film.

Pour le réalisateur, le travail a débuté avec un long travail de réécriture, pour transposer la pièce de théâtre vers le cinéma. « Il a fallu mettre la hache dans la pièce, que je la massacre pour retourner à la source des idées de Wajdi. Ça a été violent, c'est pour ça que ça a été long. C'était une grosse responsabilité de faire ça, j'en suis conscient. En explorant l'écriture de Wajdi, en explorant l'adaptation, c'est énorme ce que j'ai appris sur l'écriture. »

Évidemment, les deux arts sont très différents. « Au cinéma, on montre. Il y a quelque chose de plus épidermique, de plus sensuel, mais il y a un pouvoir d'évocation relativement similaire. Au théâtre, tu crées une image qui montre quelque chose qui signifie autre chose. Au cinéma, c'est la même chose, mais avec des outils très différents. Au théâtre, le verbe est omniprésent, mais moi, si j'avais pu faire Incendies sans un seul mot, j'aurais été vraiment content. »

Avez-vous peur de créer des remous politiques et sociaux? « Nécessairement, quand tu traites de ce pays-là, le gros danger, c'est de provoquer de la colère. C'est une pièce qui traite de la colère, mais moi je ne voulais pas en provoquer. Je voulais explorer la colère, cet univers-là proposé dans la pièce, mais c'est très délicat. J'ai essayé de faire en sorte que le film parle de politique, mais qu'il soit apolitique, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de parti-pris. J'ai été averti par tous les Libanais que j'ai rencontrés dans ma vie que c'était impossible d'embrasser un point de vue au Liban sans provoquer quelque chose ou quelqu'un. »

« Surtout moi, comme Québécois, qui suis-je pour essayer de parler de la guerre civile? D'où l'importance de la transposition poétique, d'où l'importance d'être dans l'espace qu'on a créé. »

Un film de cette ampleur, ça n'aurait pas pu être ton premier film? « Impossible. Je me serais cassé la gueule, tu n'as aucune idée comment. Pour travailler avec une certaine quantité de comédiens en même temps, une certaine ampleur, et surtout une grosse rapidité d'action. Ça demandait de la part de toute l'équipe une concentration et une rapidité d'exécution... Il y a un exercice que j'ai été obligé de faire, que je n'avais jamais fait avant, mais que je fais toujours faire maintenant : avant de tourner le film, j'ai été obligé de monter le film. Il n'y avait pas de plan B. »

Il y a, dans la première scène du film, un long plan où un jeune garçon regarde la caméra. Que signifie ce choix? « Il y a des choses parfois qu'il faut éviter de trop intellectualiser. Il y a une partie d'intuition profonde qu'il faut respecter. C'est un processus que j'ai utilisé dans trois de mes films, le regard-caméra, et qui vient interpeller le spectateur. C'est une invitation à entrer dans le cadre, à faire partie de l'histoire. Pour moi, il y avait quelque chose d'envoûtant dans cette idée. »

D'autant que la musique qui l'accompagne est envoûtante... « Cette musique est associée au projet depuis le tout début. La première scène que j'ai écrite pour convaincre Wajdi, c'était la scène d'ouverture, et il y avait du Radiohead dessus. Je n'aime pas la musique contemporaine en général, je trouve que c'est paresseux, sauf Radiohead, qui a une profondeur, un puissant talent, une grande mélancolie et un rapport au sacré dans sa musique. Il y a un envoûtement aussi, un lyrisme. »

De déplacer le tournage au Moyen-Orient a certainement donné un esprit d'équipe à toute la production. « Quand tu fais un film, tu tombes dans un espace parallèle. Tu recrées la réalité, donc tu n'es plus dans la réalité. Pour ta famille, tu n'existes pas. Alors même si tu fais un film à Montréal, c'est la même chose. Ceci dit, la grosse différence, c'est qu'on est là pour ça, que pour ça. On a vécu Incendies à temps plein pendant plusieurs mois. On dormait, on rêvait, on ne faisait que ça. »

Pour Mélissa Désormeaux-Poulin, la transformation s'effectuait plus aisément. « Je suis une fille d'instinct, ça se passe quand on tourne. On a travaillé notre apparence pour avoir des origines arabes -, verres de contact, cheveux teints - et moi c'était mon moment pour commencer ma journée, quand je mettais mes yeux, Jeanne apparaissait. Et d'être en Jordanie, quoi de plus inspirant? Et de déstabilisant! » Maxim Gaudette est du même avis. « On n'a pas fait semblant d'être au Moyen-Orient, on y était pour vrai. C'est très nourrissant de se retrouver là-bas. »

Pour la comédienne, il s'agissait d'un premier film avec Denis Villeneuve. « Ça fait quatre ans qu'il baigne dans le projet, il avait beaucoup rêvé aux images d'Incendies, donc c'est très inspirant d'entrer dans ce bateau-là. C'est nourrissant pour une comédienne, parce que c'est quelqu'un qui sait où il s'en va. C'est quelqu'un qui est très ouvert, mais très minutieux, précis. » Et pour Maxim Gaudette, il s'agit d'une expérience renouvelée après sa prestation dans Polytechnique. « Il était différent parce que les conditions étaient différentes. En même temps, c'est le même Denis Villeneuve, on a un dialogue assez clair, on s'entend rapidement sur les choses. L'acteur emmène quelque chose, le réalisateur a sa vision, il faut que ça converge. Il faut être capable d'en discuter, de changer d'idée. »

Qu'est-ce qui t'a intéressé en premier dans le projet? « Premièrement, c'est le sujet : retrouver ses origines. Le personnage est intéressant parce qu'au départ, il se refuse carrément à ça. Il en veut à sa mère, il a une frustration, une colère, une incompréhension. Il a besoin de quelque chose de concret, de normale, pour le rassurer. C'est normal qu'il soit en conflit avec sa mère, parce qu'il ne la connaît pas. Il ne sait pas par où elle est passée, il ne peut pas comprendre. Il va être confronté à ce que sa mère a vécu, il n'aura pas le choix. »

Mélissa Désormeaux-Poulin aussi a été frappée par ce côté de son personnage. « Son courage, sa dureté, son côté pragmatique, qui est une façon de se protéger. Et sa force. Elle traîne quelque chose de tellement lourd, et elle ne sait pas d'où ça vient. Elle a un petit côté mathématique qui se dit : si je n'ai pas toutes les données, je ne pourrai pas comprendre. »

Incendies prend l'affiche aujourd'hui à travers le Québec.

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