entrevue
Mardi 8 octobre 2013 à 16h03

Abdellatif Kechiche parle de La vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

Photo Par Karl Filion
Abdellatif Kechiche sur le tapis rouge de La vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

Le réalisateur français d'origine tunisienne Abdellatif Kechiche était de passage à Montréal le mois dernier afin de présenter son plus récent film, La vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2, qui a remporté la Palme d'Or en mai dernier lors du Festival de Cannes.

Le long métrage, qui raconte les tribulations d'une adolescente qui souhaite devenir institutrice, Adèle, qui tombe amoureuse d'Emma, une étudiante des Beaux-Arts aux cheveux bleus, met en vedette Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Le film est librement inspiré d'une bande-dessinée, Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroah.

Que signifie pour vous transposer de la bande-dessinée à l'écran de cinéma? « C'est mettre des personnages, qui sont sur des planches, en mouvement, et de les adapter à des personnes vivantes, nous dit d'abord Abdellatif Kechiche. J'ai essayé d'oublier très vite la référence de la bande-dessinée, et d'adapter les personnages à des caractères qui ne sont pas forcément ceux de cette bande-dessinée. Ça représente aussi la nécessité d'une liberté, et peut-être même d'une trahison envers cette bande-dessinée. On se met à imager autrement, même l'histoire, les personnages, leurs caractères deviennent différents. »

La bande-dessinée est-elle près du cinéma? « Je crois que la littérature devient cinématographique, il y a une écriture qui se transpose immédiatement à l'esprit en images; lorsqu'on lit un roman, on a souvent des personnages à l'esprit, et on les met nous-mêmes dans des situations, même si ce sont dans des salons du XVIIe siècle, avec tout ce qu'on a dans l'inconscient par rapport à la situation. La bande-dessinée donne une direction visuelle, comme le cinéma, et en ce sens elle est, oui, proche du cinéma. Les deux sont composés avec des planches, des cadres, des axes, un rythme. »

Qui se transforment en scénario, d'abord. « Le scénario pour moi est une base de travail, et cette base va évoluer en fonction des rencontres avec les acteurs, les actrices, avec les décors, avec les instants, avec les états dans lesquels nous nous trouvons. Et les idées qui viennent. »

Comment créez-vous une ambiance propice à cette création? « C'est de l'ordre du ressenti. Je ressens des choses, parfois je pense être dans une bonne direction et je ne le suis pas, et parfois c'est le contraire, on est beaucoup dans le doute lors de la création d'un film. »

« Au fur et à mesure des films, la rencontre avec le public me conforte dans ma nécessité de continuer dans le chemin que j'ai choisi. J'ai le sentiment que le processus d'identification avec les personnages se fait de mieux en mieux, je me dis qu'il y a encore bien sûr beaucoup de travail, mais je suis réconforté plutôt par les impressions que les spectateurs ont de mes films. »

Qu'est-ce qui vous a plu d'entendre au sujet de La vie d'Adèle? « Que c'était trop court! »

La jeune actrice Adèle Exarchopoulos connaît son premier grand rôle dans le film. « Je voulais énormément travailler avec Abdel, alors quand j'ai su qu'il y aurait un casting j'étais très heureuse. Après il y a eu un scénario, Abdel m'a dit de le lire, mais de l'oublier, et après c'est un personnage qu'on a créé ensemble. Je savais que c'était un film sur une passion, une rencontre, et c'est ce qui m'a plu, à quel point une personne, une rencontre peut bouleverser ta vie. »

Le scénario n'était pas suivi? « Ah non, on était complètement libres! Il n'y avait aucune convention sur ce plateau. Il n'y avait pas de maquilleuse, pas de coiffeuse, pas vraiment de planning, c'était quelque chose qu'on inventait au jour le jour, et ça laisse une énorme place à la création. »

« Abdel s'adapte beaucoup à ta nature de femme, à ta nature d'actrice, donc c'était une collaboration, il fallait énormément se faire confiance. » Que saviez-vous de lui? « Je savais qu'il rendait justice aux femmes, à la beauté et à la puissance des femmes dans ses films. Et à la vérité. Alors j'attendais ça, et je l'ai eu amplement. »

« C'est pour ça, heureusement, que Léa est devenue une grande amie. Je n'avais pas envie de me forcer à être amie avec elle - parce que je ne la connaissais pas encore avant de tourner - mais dès le premier jour avec elle, ça a été comme une évidence, car je l'adore. Je l'adore en tant que femme, ensuite en tant qu'artiste, et du coup de bosser avec elle c'était la meilleure complicité que je pouvais imaginer. »

La vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2, qui est distribué par Métropole Films, prendra l'affiche à Montréal dès demain, le jour même de sa sortie officielle en France, et dans le reste du Québec dès vendredi.

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