Depuis une petite dizaine d’années, le genre du whodunit est de retour. Vous savez ces films où un crime a eu lieu, souvent en lieu clos, et où un détective enquête pour savoir qui est l’assassin et quel est son mobile parmi une tripotée de suspects. Et il y a surtout deux sagas qui ont incarné cette renaissance contemporaine : celle de Benoît Blanc avec « À couteaux tirés », dont voici le troisième volet, et celle d’Hercule Poirot tiré des œuvres d’Agatha Christie détérées par Kenneth Branagh. Et il est amusant de constater que les trois opus de ces deux sagas ont suivi dans le même ordre une certaine tonalité. Il y a d’abord une ambiance british pour les premiers que sont « Le Crime de l’Orient-Express » et « À couteaux tirés », un cadre exotique pour les seconds intitulés « Mort sur le Nil » et « Glass Onion » et, enfin, une inspiration gothique et presque fantastique pour « Mystère à Venise » et ce « Wake up Dead Man ». Si la saga portée par Daniel Craig a eu plus de louanges et de succès que celle de Branagh (qu’il porte devant et derrière la caméra), elle n’en était pas moins plaisante.
Ici, le film flirte allègrement avec les récits à la lisière du fantastique rendus célèbres par Edgar Allan Poe. Et la mise en scène encore une fois très élégante de Rian Johnson magnifie ce choix artistique avec quelques très belles séquences d’inspiration néo-gothique où les morts se réveillent et l’ambiance lugubre prévaut. Le décor de cette église perdue dans la forêt ainsi que la foi et la religion en caution thématique nourrissent encore plus cette direction maitrisée et source de fulgurances esthétiques (les séquences avec cet homme à la lampe dans les bois par exemple). Encore une fois, les aventures de Benoît Blanc sont très agréables à regarder et Johnson se renouvelle après l’île grecque de « Glass Onion » et son décor futuriste. D’ailleurs, on peut également louer l’opus le plus riche thématiquement puisqu’après les milliardaires de la tech dans ce dernier, le script étrille ici la politique et la religion et les discours dangereux qui peuvent en émaner. Le prêtre incarné par Josh Brolin qui harangue les foules peut être interprêté comme un certain président polémique... Bien vu. Cependant, les dialogues sur le sujet sont parfois excessivement verbeux et les échanges trop longs, faisant perdre un peu de rythme à l’intrigue.
D’ailleurs, le scénario de ce « Wake up Dead Man » est encore une fois tortueux à souhait, fidèle à l’esprit de la saga. On sait que les révélations sont souvent surprenantes et totalement imprévisibles, en plus d’être impossibles à deviner mais là c’est le pompon! C’est d’ailleurs peut-être un peu le talon d’Achille du long-métrage. Le dénouement en plusieurs couches de cette nouvelle enquête est tarabiscoté comme jamais. Voire complètement improbable, ce qui entache un peu notre adhésion finale au long-métrage. On compense ce défaut avec un casting une nouvelle fois incroyable et parfaitement utilisé (sauf peut-être Mila Kunis et Andrew Scott, moins bien lotis) où brille l’excellent Josh O’Connor en prêtre moderne. Il n’empêche si on prend une nouvelle fois plaisir avec cette troisième affaire pour Benoît Blanc, la plus réussie demeure « Glass Onion ». Ce qui ne nous empêche pas d’attendre une quatrième aventure avec impatience!
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