On est pas les seuls à aimer nos québécois et Jean-Marc
Vallée en offre à nouveau la preuve. Malheureusement pour lui,
d'accéder aux rangs des plus grands l'aura confiné à réduire sa propre
vision pour offrir un film de producteurs et non de lui-même. Dommage,
on se console au moins avec le bel enrobage.
C.R.A.Z.Y. aura
permis à Marc-André Grondin de s'exporter un peu partout en passant de
Soderbergh à des films français plus ou moins notables, sauf exception
comme le magnifique Le premier jour du reste de ta vie, et de démontrer
également que lorsque mal dirigé, il n'est pas aussi talentueux qu'on
pourrait le croire. Outre ce petit fragment de pays dont certains se
l'approprie comme une belle fierté nationale, ce même film québécois
aura également permis à son réalisateur, Jean-Marc Vallée, de se
distinguer autant auprès de la critique que du public et ce, à travers
le monde. De cette distinction, on note le flair de Martin Scorsese qui
l'a dirigé, sous sa tutelle, vers un film biographique sur les jeunes
années de la reine Victoria.
Au menu, beau budget, film
flamboyant et distribution éclatante. Tous les éléments y étaient pour
faire de ce film un grand évènement. Malheureusement, dans toutes ses
paillettes, on doit avouer qu'on se perd et qu'on a oublié l'essentiel:
y mettre un peu de coeur.
En effet, en dehors de la lumineuse
performance de la jeune, jolie et très talentueuse Emily Blunt et de
quelques autres (on ne peut nier le talent des Jim Broadbent, Miranda
Richardson, Mark Strong et compagnie, majoritairement sous-utilisé,
cela dit), on se retrouve avec un ensemble assez fade et une histoire
qui manque de piquant, voire de mordant pour réellement captiver et
conserver l'intérêt.
Bon. D'accord, peut-être que la vie de miss
Victoria n'était pas si excitante que ça, mais si on voulait miser sur
sa vie mondaine et ses petits désirs de rébellion au-delà des nombreux
excès, il aurait fallu chercher un regard plus particulier, plus senti,
un peu comme Sofia Coppola l'avait fait avec son unique Marie
Antoinette qui captait bien autant l'esprit du personnage que l'époque
et l'émotion recherché. Ici, c'est différent, on est face à un film
classique qui tente de s'en sortir sans nécessairement faire les
efforts nécessaires même si on en sent le besoin et une certaine
volonté qui semble étouffer en quelque part. C'est là que ça nous
attriste de ne pas avoir droit à la vraie vision de monsieur Vallée.
Il
ne reste que cet effleurage de la détermination de Victoria, cette
histoire d'amour très fleur bleue, ces relations difficiles entre les
différents membres de la famille royale, etc, etc, etc. Oui, bien
écrit, mais sans réellement nous atteindre.
Alors on tente de
se raccrocher à ses décors somptueux, ses costumes plus impressionnants
que jamais, cette musique bien sentie et royale à souhait, mais c'est
finalement si peu qu'on a pas l'impression de ne rien vivre
d'extraordinaire et on peine à réellement y prendre plaisir. Un autre
film d'époque qui ne sort pas du lot. C'est pourquoi les meilleurs
moments demeurent lorsqu'ils privilégient un montage alterné ce qui
dynamise un peu l'ensemble et, heureusement, ils le font plus d'une
fois donc ça réjouit (et réveille, pour certains probablement).
En plus, ce petit abus de mise au point sélective finit par agacer, ce qui accroche négativement l'oeil.
On
espère donc que ceci sera une porte positive pour monsieur Vallée et
lui permettra de ne pas s'enfoncer dans le film commercial, mais bien
de continuer à offrir de véritable vision d'auteur comme il a déjà si
bien su le démontrer. Un film de dimanche après-midi comme on dit.