Dr Hardy et Mister Marvel.
Loin de la catastrophe ou de l’accident industriel annoncé, « Venom » est un film de super-héros certes imparfait mais qui s’essaie à autre chose et rien que pour cela c’est plutôt honorable. Sony, qui a perdu son « Spider-Man » après maintes négociations avec Disney et Marvel, s’essaie donc à un univers partagé avec les méchants de l’univers de l’Homme-araignée. Inattendu et original, cette approche est pourtant et surtout commerciale, de manière à ne pas perdre les droits sur les personnages tout autant que de capitaliser sur le succès des films de super-héros. On est très loin de « Deadpool » pour le côté irrévérencieux, du magique et fabuleux « The Suicide Squad » sorti cet été mais bien au-dessus de « Suicide Squad » premier du nom et son total ratage. Dans le rayon des abominations cinématographiques, charcutées par la production et ne ressemblant plus à rien, ce dernier se posait là. Non, dans la catégorie des films de super-vilains, « Venom » se est dans l’entre deux, il se laisse regarder même s’il aurait pu être mille fois mieux.
Son problème principal vient certainement de la peur du studio d’être classé R (classification américaine qui ne permet pas aux adolescents non accompagnés de voir le film en salles). Conséquemment, « Venom » évacue toute goutte de sang ou scène trop effrayante et cela va à contre-courant de ce qu’aurait dû proposer le personnage de Venom s’il allait clairement vers l’horreur (même syndrome ici que pour le ratage de « Les Nouveaux Mutants »). De ce fait, le film aurait pu se rattraper avec le côté humour schizophrène, cette forme de buddy-movie à la Docteur Jekyll et Mister Hyde entre Eddy Brock et le symbiote qui le possède. Il y réussit parfois avec quelques séquences faisant sourire mais c’est un humour bien trop puéril pour pleinement convaincre. La super production a donc le cul entre deux tonalités – la comédie et l’horreur – mais ne s’insère jamais dans aucun des deux genres à plein régime, créant un film singulier au ton unique et étrange mais dont le mélange ne prend jamais vraiment.
On sent aussi des coupures sèches du studio notamment dans le développement du personnage d’Annie. Le summum étant sa réaction inappropriée lorsqu’elle découvre qu’Eddy et le symbiote ne font qu’un. Comme si c’était normal, sa réaction n’est absolument pas crédible, il manque de ponts (donc de scènes approfondies) pour faire passer la pilule. Sinon les effets spéciaux sont plutôt convaincants et les scènes d’action très impressionnantes. Ruben Fleisher utilise pas mal des possibilités de son personnage extraterrestre, de son élasticité jusqu’au fait qu’il peut intégrer tout être vivant, pour nous en mettre plein la vue sur un tempo régulier. Même si l’installation est un peu longue (presque trois-quarts d’heure avant la première scène d’action), il faut bien introduire le personnage comme dans toute origin story. Le tout donne une impression de travail qu’on a aseptisé pour plaire au plus grand nombre avec pas mal de défauts et de choix discutables voire décevants. Néanmoins et bizarrement, le film se laisse aisément regarder grâce à du grand spectacle généreux et un Tom Hardy délicieusement barré.
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