Vu à Montréal.
Flashback! Il y a tout juste vingt ans maintenant, James Mangold réalisait un biopic sur Johnny Cash incarné par Joaquin Phoenix, « Walk the line ». Un film remarquable qui a contribué à lancer la mode des biopics musicaux et qui s’est vu attribué plusieurs récompenses dont un Oscar pour Reese Witherspoon (qui jouait June Carter) et plusieurs Golden Globes. Dans ce long-métrage, un autre chanteur, qui s’avérait être Bob Dylan, était souvent évoqué puisqu’il a côtoyé à maintes reprises l’artiste. Il est donc amusant de voir qu’aujourd’hui ce soit James Mangold qui réalise ce nouveau biopic deux décennies plus tard sur une époque similaire et où l’on croise... Johnny Cash. La boucle est bouclée comme on dit!
Si « Walk the line » était plutôt un bon souvenir dans le genre - peut-être aussi parce qu’on en était à l’avènement de ces biographies de musiciens ou chanteurs sur grand écran - « Un parfait inconnu » déçoit quelque peu. C’est certes le second essai sur Bob Dylan après le « I’m not here » de Todd Haynes sorti il y a une bonne quinzaine d’années quant à lui. On y voyait le chanteur de folk et de rock, connu pour être très polyvalent (il écrit, sculpte, ...), incarné par différents acteurs et actrices au sein d’une mosaïque certes originale et inattendue mais parfois un peu incongrue. On ne demandait pas tant de surprises ni un résultat si imprévisible à ce nouveau portrait mais quelque chose de tout de même moins classique, lisse et consensuel, voire presque anecdotique.
Pourtant, James Mangold est réputé pour être l’un des artisans les plus versatiles, talentueux et appliqués d’Hollywood. Sans un être un véritable auteur avec une voie tracée dans le cinéma, c’est un honnête faiseur qui se loupe rarement mais qui s’essaie surtout à tous les genres, de l’excellent « Logan » (le meilleur film avec Wolverine) aux drames oscarisés « Une vie volée » (et « Walk the line » donc) en passant par le thriller retors (« Identity ») ou le western comme « 3h10 to Yuma ». Bref, il sait tout faire et souvent le fait très bien à défaut de tutoyer les sommets mais, ici, « Un parfait inconnu » manque de saveur, de passion et d’émotion. S’il choisit de s’intéresser uniquement à quelques années charnières dans la vingtaine de l’artiste, on ne saura en revanche jamais rien de sa jeunesse et de ses inspirations, tout comme les trois quarts de sa carrière plus adulte sont également occultés. Au final, on se concentre sur un triangle amoureux classique et ses dilemmes musicaux lors de concerts et festivals. Trop peu fouillé, le long-métrage survole la vie de l’homme comme celle de l’artiste.
La musique est omniprésente ici et il faut vraiment aimer Bob Dylan car on l’entend à toutes les sauces. On ne pourra reprocher au biopic d’un musicien le trop-plein de musique certes, mais il faut avouer qu’ici elle est peut-être un peu trop envahissante. En revanche, on louera sans conteste la belle reconstitution du New York et la côte Est des années 60 avec de beaux décors et costumes ainsi que le contexte historique de l’époque bien intégré dans le script. De la même manière, le casting est impeccable. Les seconds rôles, d’Edward Norton à Elle Fanning en passant par la nouvelle venue Monica Barbaro sont irréprochables tandis que Chalamet ne déçoit pas en se glissant dans la peau d’un Bob Dylan plus vrai que nature et enfourchant un mimétisme presque naturel exemplaire. Alors, c’est juste dommage qu’il manque ce petit quelque chose pour faire de « Un parfait inconnu » un biopic mémorable et qui sorte du lot.
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