En 2025, il est devenu plutôt rare de voir ce genre de cinéma aussi classique et intemporel. Et c’est bien dommage tant « Train Dreams » nous procure une myriade de sensations agréables. C’est une œuvre qui éveille nos sens et dont la lenteur assumée nous happe dès les premières images pour ne plus jamais nous quitter. Il y a lointainement du « Into the Wild » pour cet aspect de communion avec la nature mais surtout – et c’est peut-être son seul véritable défaut sans en être totalement un – à tout un pan de la filmographie de Terence Malick. Un peu comme Tarantino avec tarantinesque, malickien est presque devenu un adjectif courant dans le langage cinématographique pour qualifier des œuvres plutôt contemplatives qui aime à filmer Dame Nature et la Création dans son ensemble.
La référence est peut-être écrasante pour qui aime le cinéma du réalisateur de « La balade sauvage » et surtout de « The Tree of Life ». C’est d’ailleurs à ce film auquel on pense le plus ici dans la manière d’appréhender les multiples facettes de la nature, des animaux aux arbres en passant par les couchers de soleil mais aussi de filmer le noyau familial. La différence, fomdamentale, est que Clint Bentley le fait de manière plus accessible. On est loin d’un cinéma contemplatif à l’extrême, poseur et presque prétentieux qui ennuie et laisse une partie de son public de côté. Certes, « Train Dreams » n’est pas une œuvre facile parce que parfois languissante mais c’est un rythme voulu et qui permet de se fondre dans cette sublime chronique du passé adaptée d’un roman de Dennis Johnson.
C’est le second long-métrage du cinéaste après le passé inaperçu et peu mémorable « Jockey » avec Clifton Collins Jr. (qui fait une petite apparition ici). Et il a du talent à revendre tant ce film est un pur enchantement pour les sens. Chaque plan confine au sublime et nous explose la rétine. Rarement Dame Nature avait été aussi bien filmée. Le travail sur la lumière, notamment lors des levers et couchers de soleil est exemplaire. Les cadrages choisis et la manière de monter les plans le sont tout autant et rarement des films ont pu se targuer de détenir autant de scènes visuellement aussi flatteuses. Bentley transcende chaque image rendant une chute d’arbre somptueuse et un pique-nique près d’une rivière aussi beau qu’un tableau de Monet.
Le récit prend la forme d’une chronique avec une voix off très présente qui place « Train Dreams » sur l’autel du conte réaliste pour adultes. En filigrane, on nous parle de la naissance d’un pays à une époque charnière (le début du XXième siècle) entre industrialisation, immigration et conquête des grands espaces par le train et les forêts qu’il faut abattre. Derrière, le portrait d’un homme admirablement joué par Joel Edgerton qui ne laissera pas de traces mais dont le chemin sur cette Terre est trempé dans une poésie qui nous emplit le cœur. Apaisant comme une balade en forêt, doux comme une caresse même si parfois âpre (la séquence de l’incendie), emplis de songes merveilleux et versé dans un écrin magnifique, ce film est une pépite visuelle qui n’oublie pas de raconter l’humain. À ne pas louper pour qui aime le cinéma atmosphérique à l’ancienne.
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