Amanda Honorable.
Ce long-métrage semblait partir d’une idée bien mince pour qu’on arrive à en tirer un scénario digne de ce nom, bien que ladite idée soit tirée d’une histoire vraie. Une histoire proche du fait divers et donc à priori complètement anodine. Mais c’est là aussi la magie du cinéma. En effet, raconter les mésaventures d’une femme alcoolique et sans emploi, à la limite de l’itinérance, qui se prend une amende à la fourrière pour sa voiture volée et qui décide de contester jusqu’au bout ne semblait pas être l’écrin idéal pour être transposée sur écran. Que ce soit en film, téléfilm ou même en série. Et bien « Tow » déjoue nos pronostics clairement dubitatifs suite à la lecture du synopsis en constituant une œuvre réussie et charmante. Une oeuvre qui parle autant des dysfonctionnements de la société qu’il se positionne comme un feel-good movie encensant la persévérance et prônant la justice sociale.
Mais « Tow » ne serait pas ce qu’il est sans une actrice principale pour incarner le David contre ce Goliath qu’est l’administration et ses méandres insondables. Car oui, le film entend nous narrer l’aliénation sur le citoyen que peut devenir une procédure administrative (ici une compagnie de fourrière tentaculaire). Et c’est la grande Rose Byrne qui s’y colle avec le talent, bien trop sous-estimé, qu’on lui connaît. Cette comédienne qui traîne ses guêtres sur nos écrans depuis plus de vingt ans sait tout jouer mais elle n’est pas encore reconnue à la hauteur de son talent. Du film d’horreur (« Insidious ») à la comédie potache (« Mes pires voisins ») en passant par le drame psychologique (le récent « If I had legs I’ll kick you ») qui lui a enfin valu une nomination à l’Oscar, c’est une actrice caméléon et tout-terrain qui empoigne ce rôle de femme aussi paumée qu’obstinée avec panache. Mais aussi autant d’émotion que de légèreté, sachant nous faire passer des larmes au rire en un clin d’œil. Elle tient le film sur ses épaules bien entouré de seconds rôles chevronnés et bien campés.
L’ogre administratif est ici montré dans sa bêtise la plu abyssale et ça fait du bien de voir quelqu’un tenir tête à ce broyeur d’humains. Et qu’il y a encore un semblant d’humanité chez certains (les seconds couteaux notamment). « Tow » montre aussi avec délicatesse et sans jugement ce que peut devenir la vie d’une personne précaire en cas de problème de ce genre menant à l’itinérance et aux foyers pour femmes sans domicile. Le premier long-métrage de Stéphanie Laing frappe donc juste avec un double constat social impactant qui fait tout autant réfléchir qu’il met du baume au cœur par sa résolution presque cathartique. Réalisatrice de séries telle que la géniale, flamboyante et loufoque « Palm Royale », elle se fait ici plus discrète dans les images pour laisser libre champ à l’histoire, ses tenants sociaux et son actrice principale pour donner le change. Un petit film qui l’air de rien a tout d’un grand et une bonne surprise.
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