Prohibition neurasthénique.
C’est avec entrain que l’on pénètre dans la salle de cinéma pour découvrir « Les Contrebandiers ». Voir débarquer ce type d’œuvre un peu hors du temps et délaissée par le septième art fait plaisir. De l’aventure pour adultes dans les grands espaces américains mêlée à de l’Histoire avec le contexte de la fin de la ruée vers l’or et de la Prohibition, tout cela porté par un duo d’acteurs chevronnées... Qu’est-ce qui pouvait mal se passer me direz-vous? C’est tout simplement que le premier essai de Padraic McKinley a beau développer un programme rare et alléchant, le résultat est une belle désillusion sur presque tous les versants. Le projet est ambitieux - et on serait tenté de dire à la limite du prétentieux - mais il se révèle surtout ennuyeux. Loin d’être désuet ou totalement raté, il pêche sur bien trop de points pour réussir à nous convaincre et nous happer dans ses aventures forestières situées dans l’entre-deux guerres. Ethan Hawke a beau porter le film avec un certain aplomb et le métier qu’on lui connaît tandis que Russell Crowe fait bonne figure en second rôle de luxe (à peine vingt minutes à l’écran), le reste de la distribution souffre de rôles mal dégrossis aux traits vraiment simplistes et caricaturaux (la brute, le jeune naïf, l’étranger, la femme autochtone, ...) qui semblent cocher des cases.
Et c’est finalement dans la même veine pour l’intrigue qui se révèle aussi basique que simpliste, tout en réussissant l’exploit de ne pas savoir se faire faire limpide. « Les Contrebandiers » est à l’image de son entame : laborieux et peu palpitant. On ne saura jamais vraiment ce qui est arrivé à la femme du personnage principal, ni le modus operandi des antagonistes. Chaque personnage semble correspondre à un aspect politique qu’on tente de mettre en parallèle avec les dysfonctionnements du monde actuel (le capitalisme, le socialisme, etc.). Sauf que c’est à peine effleuré en quelques dialogues et qu’on sent que McKinley tente de donner un peu de coffre et de fond à son scénario mais sans savoir comment aller plus loin. En outre, la mise en scène est maniérée avec une caméra qui bouge trop. Et formellement, le comble vient clairement d’un trop-plein de séquences nocturnes mal filmées où l’on ne voit rien et qui rendent le visionnage du film particulièrement pénible. Même les scènes d’action sont neurasthéniques malgré leur côté parfois original et prometteur comme celle du pont de singe ou celle de la rivière aux troncs d’arbres. La fin est attendue et ces presque deux heures se regardent avec plus d’ennui poli que d’entrain. Une déception!
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