Publicité

The Plague

Critiques des membres

Rédiger une critique

3Bon
1 critique des membres
  • 0
  • 0
  • 1
  • 0
  • 0

1 critique

Bon
Rémy Fiers

Peste & adolescence.

« The Plague » est une des ses premières œuvres certes imparfaite et insatisfaisante sur bien des points qui révèle cependant une voie, un auteur, une patte. Et donc, Charlie Polinger peut être fier de son essai inaugural derrière la caméra car il propose quelque chose de marquant et d’inédit. Son film a la marque des œuvres racées qui imprègnent l’esprit quand bien même elles ne sont pas exemptes de quelques défauts et maladresses. Présenté comme un film d’horreur, les afficionados du genre seront en revanche irrémédiablement déçus. Si horreur il y a, elle est psychologique et dans l’emballage sonore et visuel car aucun signe de monstres, fantômes, mutations, tueurs ou autres stigmates du genre horrifique. Ce qui n’empêche pas le long-métrage d’être terrifiant sur certains aspects.

Ici, on nous parle de harcèlement ordinaire, de masculinité toxique à l’adolescence et de rapports de force malsains propres à cet âge. Déjà, le film se déroule en 2003 donc pas de téléphones et d’Internet facilement à disposition, ce qui autorise la tête forte du groupe à pouvoir lancer des rumeurs invérifiables. Les jeunes acteurs sont épatants de naturel et si le jeune Everett Blunk se débrouille comme un chef dans le rôle principal, c’est l’antagoniste incarné par Kayo Martin qui est proprement glaçant (et donc excellent) dans le rôle (il est incroyablement détestable et méprisable lors de la séquence du flipper). Insidieusement, on ressent petit à petit la manipulation qu’il exerce sur le groupe et contre ceux dont il a décidé qu’ils seront ses victimes. « The Plague » culmine d’ailleurs dans son dernier acte avec le match de water-polo puis lors de la fête.

Cependant, avant d’arriver là, on pourra reprocher une première partie lorgnant inutilement vers le contemplatif et qui s’avère quelque peu monotone, voire atone. Le symbolisme utilisé avec cette histoire de peste/problèmes de peau au centre du long-métrage n'est pas toujours clair et bien exploité. On sent la métaphore sur le passage à l’âge adulte, la différence ou les troubles adolescents mais c’est vraiment dessiné de manière un peu trop cryptique. « The Plague » se définit clairement comme une œuvre à combustion lente, qu’on apprécie plus elle avance mais aussi en y repensant ensuite. L’eau semble être aussi un vecteur narratif et explicatif sans qu’on soit certain de sa signification. Ou de ce que Polinger a voulu dire visuellement...

Son choix d’emballer cette histoire non pas comme un véritable drame ou une sorte de suspense adolescent (ce qu’il est à la base) mais plutôt comme un film fantastique à tendance horrifique est surprenant. Cela peut être vu comme la vision cauchemardesque de la propre expérience de Polinger, une période qu’il a dû vivre comme un film d’horreur. « The Plague » est enrobé dans une ambiance qui met mal à l’aise et sur le plan visuel, c’est tourné comme un film de genre. Jeux d’ombre, décors angoissants, plans biscornus et effets de style pour mettre le spectateur dans une position inconfortable. Mais c’est surtout la bande sonore, extrêmement réussie et vraiment malaisante qui nourrit le plus cette impression. Elle nous immerge dans une sorte de mauvais rêve éthéré et éveillé. Voilà donc une œuvre peu commune et qui augure du meilleur pour son auteur, que ce soit formellement (les plans aquatiques sont sublimes) comme sur le versant thématique, même si certains messages demeurent bien trop abscons. Une révélation pour un talent qui demande à murir.

Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.