Faux doc roublard mais amusant.
Le faux documentaire est un genre rare mais plutôt intéressant qui questionne le pacte de confiance avec le spectateur. Il peut agir dans tous les genres et ses plus célèbres représentations demeurent « Le projet Blair Witch » dans le genre horrifique et « Borat » dans le genre comique. Ces films reprennent généralement tous les codes du documentaire (caméra à l’épaule, interviews face caméra, impression de réalisme et de bricolé, ...) dans le but de faire peur de manière encore plus viscérale pour les films de terreur et souvent dans le but d’être satirique (ou parfois politisé) pour le reste. La chanteuse britannique Charli CXC, nouvelle égérie pop et actrice à ses heures perdues (« 100 nights of Hero » et prochainement dans les nouveaux films de Romain Gavras et Kathy Yan) prend ce format pour mettre en branle un film à son effigie. Suite à la grosse déception égocentrée proposée par The Weeknd l’an passé avec le pétard mouillé « Hurry up tomorrow », on avait donc un peu peur à l’annonce de ce mockumenteur (terme employé pour ce type de film en forme de documentaire mêlant fiction et réalité avec une frontière poreuse). Fort heureusement, c’est moins agaçant et prétentieux! « The Moment » se révèle tout de même davantage à destination des fans de la chanteuse mais pour les autres (dont nous faisons partie, puisque n’ayant jamais même entendu un de ces morceaux) c’est tout de même plaisant puisque le film pourrait englober tout le showbiz et parler tout autant de Madonna ou Beyoncé.
On suit donc la jeune femme après le carton estival de son album Brat avec son entourage (agent, ami, pique-assiette, collègues, patron de maison de disque, ...). Tout le monde y est et « The Moment » montre parfaitement la superficialité et l’hypocrisie de ce monde pourri par l’argent. On va dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil du showbiz et des starlettes. C’est amusant, bavard mais jamais ennuyant. Puis vient ce qui apporte la valeur ajoutée au film : le tournage du making-of de la tournée par un réalisateur choisi par la maison de disque qui va chambouler la star et ceux gravitant autour d’elle. Dans ce rôle, Alexander Skarsgard est prodigieux, montrant qu’il est vraiment un acteur tout terrain à l’instar de son frère, Bill, et de son père, Stellan. Après un passage remarqué dans l’immense série « Succession » ou son rôle de dominateur SM gay dans « Pillion », il est l’atout comique et surtout celui qui tient le film. Charli XCX est fidèle à elle-même n’ayant rien d’autre à jouer... qu’elle-même. On apprécie aussi les passages azimutés d’Arielle Dombasle ou Rachel Sennot. En revanche, la critique ici est un peu facile et sans trop insister car il ne faudrait pas mordre la main qui donne à manger. Là est d’ailleurs le souci majeur d’un film un peu roublard et opportuniste mais assez original pour satisfaire. Sur le moment tout du moins. La mise en scène clippesque et tape-à-l’œil d’Aidan Zamiri singeant le documentaire ou le making-of est en adéquation avec un projet fun mais qui ne va pas plus loin que sa note d’intention et demeure bien trop sage et attendu.
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