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The Christophers

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Rémy Fiers

Film sur l'art pour initiés.

Steven Soderbergh – qui avait pourtant clamé mettre un terme à sa carrière il y a dix ans – n’arrête plus de tourner, se rangeant sans hésiter dans le cercle des cinéastes stakhanovistes proposant au moins un film par an. Un peu comme un Woody Allen de la grande époque ou notre François Ozon hexagonal, mais en bien plus éclectique. C’est bien simple, c’est un cinéaste touche-à-tout, capable d’alterner le petit film expérimental fauché (« Bubble ») avec le gros blockbuster (la saga « Ocean’s Eleven ») et d’un genre à l’autre avec une facilité et une aisance déconcertante. Il est tout de même passé du film choral sur un virus avec un casting quatre étoile (« Contagion ») à un film sur le strip-tease masculin (« Magic Mike ») ou encore d’un film fantastique minimaliste (« Presence ») à son dernier opus en date, le film d’espionnage all stars (encore) ténu mais magistral « Black Bag – The Insider ». Pareillement, on lui doit un sacré paquet de films cultes comme « Erin Brockovich » ou « Traffic » mais aussi de gros ratés comme le catastrophique « The Laundromat ». Cette fois, il revient avec un opus mineur sur le monde de l’art en quasi huis-clos avec « The Christophers ». Une œuvre qui vaut essentiellement pour son duo d’acteurs et ses joutes verbales mais qui ressemble plus à du théâtre filmé qu’autre chose en plus de demeurer opaque sur bien des aspects pour les non-initiés au monde de l’art.

Ici, on parle de filiation, de création mais aussi et surtout de pérennité et de paternité des œuvres artistiques dans un milieu où le faux tutoie toujours le vrai. Toutes ces thématiques relativement intéressantes sont coulées dans de longs tunnels de dialogues entre les deux protagonistes principaux. Un duel verbal partiellement convaincant, le long-métrage finissant par devenir bien trop bavard. Et, conséquemment, par nous perdre à force de logorrhées à intérêt variable. Le tout se déroule quasi exclusivement entre les quatre murs d’une grande maison de ville envahie par l’art sous toutes ses formes, devenant presque un personnage à part entière que la mise en scène volontairement statique de Soderbergh met en valeur. En revanche, le script botte totalement en touche concernant l’embryon d’intrigue sur l’arnaque orchestrée par les enfants du peintre. C’est un peu dommage, cela aurait aéré l’histoire et, peut-être, rendu moins marginal ce « The Christophers ». Parfois, on est même perdus par les détails de cette affaire et les digressions sur le monde de la peinture. Heureusement, le grand Ian McKellen et Michaela Coel font le travail qu’on leur demande avec le tapis rouge que leur a déroulé l’auteur. Leurs prestations brillent et tirent vers le haut ce film quelque peu austère et hermétique. Avouons cependant qu’on était à deux doigts de l’ennui poli et que la pirouette finale – aussi sympathique soit-elle – n’a pas vraiment l’effet escompté.

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