La petite mort allégorique.
Tout le monde a dû déjà expérimenter une fois dans sa vie l’une de ces œuvres inclassables et impossibles à mettre dans des cases comme il n’en sort qu’une demi-douzaine par an et qui généralement marquent les esprits (en bien ou en mal). Des films comme « Mulholland Drive » (et quasiment toute la filmographie du regretté maître David Lynch), « Donnie Darko » ou « Under the Skin » qui, formellement comme sur le fond, sont totalement hors des modes et des desiderata des spectateurs. On les adore et on les vénère ou on les déteste et elles nous laissent sur le carreau. « Teenage sex and death at Camp Miasma » fait partie de cette veine rare et précieuse. Et, pour le coup, cette troisième proposition de Jane Schoenbaun après le moins probant « I saw the TV Glow » nous a conquis dans ses grandes lignes. Certes, ce n'est pas non plus le film culte qu’il aurait pu être mais il dégage assez de singularité graphique et tonale comme de douce folie pour impacter notre cœur de cinéphile.
Car, oui, si l’on n’est pas cinéphile ou ouvert à des propositions hors normes, il est fort probable qu’on se demande ce que l’on fait à une telle projection. Dès le magnifique générique, Jane Schoenbaum nous emporte dans son délire nostalgique et méta, un sous-texte d’ailleurs parfois un peu envahissant. « Teenage sex and death at Camp Miasma » regorge de chemins de traverses et d’options de compréhension. On nage entre l’hommage aux vieux slashers des années 80 (avec « Vendredi 13 » et son camp d’été en première ligne), le film méta sur la création, la critique d’un wokisme hypocrite brandi en étendard de manière hypocrite par Hollywood parce que c’était le mode un temps ou encore à un hymne à la tolérance des personnes queer (oui les deux derniers sont possibles en même temps!). Tout cela dans une œuvre qui mêle le film d’horreur, le comique un tantinet absurde et le film érotique où la « petite mort » (l’orgasme donc) prend une place toute prépondérante. Et puis tout cela est traversé par une immense et plaisante vague de nostalgie et un final bordélique mais cathartique et beau à se damner.
Alors il faut avouer qu’on n’est pas obligé de saisir tous les clins d’œil, les références ou l’ensemble de ce qu’a voulu nous dire la cinéaste – les grilles de lectures sont bien trop nombreuses et incertaines – mais le voyage vaut le coup d’œil. Il y a certes des longueurs, notamment dans la seconde partie, et quelques affèteries inutiles (pourquoi nous remontrer des séquences entières du film original?), cependant cela n’entache pas le plaisir que l’on prend devant cet objet étrange et souvent envoûtant. La direction artistique est sacrément belle et téméraire, il est même certain que l’on n’a pas vu quelque chose comme cela de mémoire récente. Et que dire du sublime duo entre cette jeune cinéaste queer et son idole, une final girl/femme fatale sur le retour vivant recluse. Hannah Heinbiner et l’incroyable Gillian Anderson forment un duo rare qui restera dans les mémoires. La seconde fait vraiment des choix de carrière peu communs et nous régale à chacune de ses apparitions. Alors oui c’est bizarre et pas forcément facile d’accès mais c’est le genre de proposition sincère qui va au bout de ses idées (mêmes les plus foireuses) et nous emporte. Un film sur l’orgasme par le biais de la création et du regard que l’on porte sur soi-même, c’est tout de même inusité!
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