La guerre des applis de rencontre.
Les longs-métrages qui traient de la création de produits deviennent un sous-genre à part entière. Entre l’avènement de Facebook dans l’excellent « The Social Network », celui du Blackberry dans le tout aussi excellent film éponyme, la naissance du jeu vidéo Tetris avec... « Tetris » ou encore la production de célèbre chaussure Nike « Air » avec... « Air », il y a une recrudescence de simili biopics de ce type. Des œuvres souvent incongrues de prime abord mais qui s’avèrent souvent étonnantes et passionnantes par leur traitement. Bientôt, on aura celle de Luca Guadagnino sur OpenAI et son créateur Sam Altman intitulée « Artificial » qui fait déjà polémique en ayant été abandonnée par son studio. Il fallait bien que les applis de rencontre y passent et « Swiped » entend donc raconter comment se sont créées Tinder et Bumble en retraçant le parcours de celle qui les a inventées. Et, encore une fois, le film est largement digne d’intérêt à défaut d’être marquant.
La réalisatrice de séries et de quelques films inédits en salles Rachel Goldenberg n’a clairement pas le talent d’un David Fincher mais « Swiped » se révèle tout de même passionnant par le simple fait que l’histoire l’est en elle-même. On retrace les grandes lignes qui ont mené Whitney Wolffe à se lancer dans la création d’applications destinées à faire des rencontres dans le milieu concurrentiel de la tech. Le scénario est linéaire mais factuel, fluide et concis, appréhendant les faits cruciaux qui ont mené à la naissance de ces deux illustres applis. Bien sûr, comme l’encart débutant le film le souligne, certaines parties du script sont romancées ou inventées pour les besoins de la dramaturgie. Il n’empêche, c’est toujours bien écrit et on va à l’essentiel pour captiver le spectateur sans jamais aller trop vite.
On apprécie que des thèmes éminemment contemporains et nécessaires soient traités même si beaucoup de choses sont survolées et manquent de profondeur. On parle ici de masculinité toxique et d’emprise, de misogynie, de la prépondérance des hommes dans le milieu de la tech et de diffamation de manière exemplaire et juste. « Swiped » suit le schéma classique mais logique des balbutiements initiaux puis de la route vers le succès qui sera forcément ternie par des guerres d’egos et des impasses jusqu’à la consécration en forme de vengeance. Jamais on ne s’ennuie durant les près de deux heures du film. Et si l’interprétation est correcte sans jamais être flamboyante ou remarquable, signe d’une production de plateforme qui fait parfois le minimum syndical sur bien des aspects, le long-métrage fonctionne bien. Alors oui, il est vrai que la mise en scène est générique, voire illustrative, mais il y a assez d’aspects réussis pour une œuvre aussi intéressante que divertissante qui nous apprend beaucoup avec un sens du rythme indéniable.
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