Voilà un petit film qui a fait son bonhomme de chemin depuis son passage remarqué à Cannes lors de la Semaine de la Critique où il a reçu un prix spécial. On en entend que des louanges et pour certains médias c’est même le film de l’année. Mais qu’en est-il vraiment? Alors oui, il faut avouer qu’il y a un petit quelque chose dans cet « Aftersun » qui évoque la naissance d’une cinéaste, puisqu’il faut préciser que c’est un premier film. Il s’en dégage en effet une petite musique relativement envoûtante, une patte certaine et qui se définira certainement encore plus avec le temps. La manière de filmer, le montage ou cette façon un peu singulière de raconter les choses est notable. Ces fameuses vacances entre une petite fille et son père au début des années 2000 en Turquie, vue à hauteur d’enfant, développent une atmosphère unique et intéressante. On sent le long-métrage de Charlotte Wells fortement autobiographique. Et que la cinéaste a voulu opérer une sorte de catharsis, à vertu fortement libératoire, en nous contant ses souvenirs d’enfance. Le résultat est-il aussi incroyable et immanquable qu’on voudrait nous le faire croire ? Pour l’auteur de ces lignes, c’est clairement un non. Mais un constat négatif à nuancer car « Aftersun » est très loin d’être raté et développe des qualités incontestables et un univers charmant, touchant et singulier qu’il serait dommage de ne pas goûter.
D’abord, il faut reconnaître le côté extrêmement réaliste et prégnant de cette semaine de vacances. Pour qui a connu les balbutiements des formules all inclusive dans les hôtels des pays ensoleillées en développement, c’est exactement ça et il y a une sensation de Madeline de Proust indiscutable. Ensuite, la petite Frankie Corrio est tout bonnement incroyable de naturel et de bagout et sa complicité avec Paul Mescal, découvert dans le sublime série « Normal People » et tout aussi efficace dans le rôle du père, est frappante. On pourrait croire à un récit initiatique mais « Aftersun » va chercher autre chose que cette classique histoire d’apprentissage d’enfant. Un autre spectre qui va convoler avec une part de mystère concernant le passif exact du père et la vie de Sophie adulte. A nous de recoller les morceaux, ce qui donne au film un aspect étrangement addictif mais aussi frustrant. La caméra de Wells parvient à saisir tous ces instants propres à ce genre d’expérience infantile. Mais il y a aussi des longueurs, des scènes inutiles et d’autres dont on cherche encore la signification. Le long-métrage est donc certes à découvrir mais clairement pas le chef-d’œuvre immanquable annoncé un peu partout. Mais il est compréhensible que certains aient pu être envoûtés par une telle proposition et que l’on ait découvert une cinéaste sensibile et prometteuse.
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