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Son enfer secret

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Mauvais
Rémy Fiers

Si seulement c'était une publicité de luxe...

Révélé avec la trilogie culte “Pusher”, le danois Nicolas Winding Refn a explosé aux yeux du monde du septième art – et du monde tout court - avec l’œuvre phare « Drive ». Un film qui a fait de Ryan Gosling une star, qui a totalement envoûté le monde avec sa bande originale composée par le français Kavinsky (malheureusement décédé hier) et qui a permis au cinéaste danois de se faire une place dans les plus grands festivals avec son esthétique avant-gardiste aux néons blafards et fluos. Sauf que, depuis, Winding Refn semble s’enfoncer plus bas à chaque film. « Only God Forgives », qui tentait de rejouer la recette de « Drive » en reprenant Gosling dans un type de film similaire axé davantage sur les codes asiatiques, fut une grosse déception. Après, « The Neon Demon » n’était pas plus concluant, laissant déjà poindre un style qui ne se renouvelait pas en plus d’une narration et de thèmes de plus en plus hermétiques et opaques.

Avec « Her Private Hell », c’est encore pire. Le long-métrage ne convaincra que ses fans les plus hardcore tant il exacerbe les tics du cinéaste et les pousse dans ses retranchements pour une œuvre totalement rébarbative malgré ses fulgurances esthétiques. Certes, le danois se positionne comme le roi des éclairages fluorescents permettant parfois de beaux moments visuels entre « Blade Runner » et « Ghost in the Shell » par le biais de son mélange d’inspiration asiatique - encore une fois – assorti à sa mégalopole futuriste sous la brume. Plastiquement, on peut dire que le film a de la gueule même si on peut ne pas le trouver renversant, tant cette esthétique apparaît déjà vue et que Winding Refn semble recycler en boucle aussi bien ses propres obsessions et fétiches que la caravane visuelle qui les accompagne. Cependant, cette fois plus encore, l’esbrouffe formelle et ses affèteries visuelles ne sont au service de rien du tout et finissent par frôler le ridicule. On a l’impression de regarder une interminable publicité pour une marque de luxe ou une exposition d’art contemporain animée qui n’en finit pas. Et que dire de la bande originale, assez originale justement, mais bien trop envahissante au point qu’elle nous sature les oreilles.

Le cinéaste accouche d’une œuvre prétentieuse qui ne fait plaisir qu’à lui-même aussi égotiste qu’absconse et soporifique. Plus le film avance, plus l’ennui abyssal qui nous traverse est immense. Lorgnant parfois sur les dédales mentaux à la Lynch (sans la beauté du geste et ses sublimes artifices) mixé aux giallos de Dario Argento (en mode futuriste et queer cependant et sans la violence baroque qui fait sa renommée), « Her Private Hell » est un long tunnel d’images pop désincarné. Ne surtout pas s’attendre à un semblant d’histoire avec ces deux trajectoires qui se croisent sans vraiment de rapport si ce n’est une symbolique à déchiffrer mais qu’on ne prendra la peine de comprendre tant la vacuité ici est importante. Les acteurs errent dans ce rêve pas magique du tout et tentent de faire ce qu’ils peuvent sans savoir ce qu’ils font là. En somme, voilà le gros navet bourré d’orgueil d’un cinéaste plasticien qui s’enfonce toujours plus dans le médiocre.

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