Emprise et religion.
L’actrice et réalisatrice Géraldine Nakache change radicalement de registre pour son retour à la mise en scène après une petite décennie sans être derrière la caméra. On est en effet très loin ici de ses comédies lumineuses tournées avec Hervé Mirman, « Tout ce qui brille » et « Nous York », ou même de son premier film en solo, « J’irai où tu iras ». Avec « Si tu penses bien », elle prend le virage du drame conjugal avec brio. Certes, le sujet est battu et rebattu puisqu’elle nous convie à une nouvelle histoire prenant comme thème la sempiternelle masculinité toxique. Ce sujet a été vu sous toutes ses formes depuis 2016 et le mouvement MeToo mais elle parvient en douceur à y apporter sa contribution et sa voix au sein d’un récit intime et fort qui frappe dans le mille la plupart du temps.
Ici, on suit un couple juif incarné par Niels Schneider et Monia Chokri, deux acteurs québécois qui percent de plus en plus dans le cinéma tricolore. Lui en tant qu’acteur marié à Virginie Efira, qui a elle aussi participé à appréhender ce sujet avec le plus particulier « L’Amour et les forêts ». Elle, en tant que second rôle dans bon nombre de films français récents. Mais aussi et surtout en tant que réalisatrice avec son dernier film qui a reçu le César du meilleur film étranger à la surprise de tous : l’excellente comédie romantique « Simple comme Sylvain ». Les deux forment un duo très crédible et leurs prestations sont dans le ton, justes et sincères. On pourra aussi noter la formidable participation de la trop rare Clémentine Célarié, émouvante au possible.
« Si tu penses bien » a le mérite d’aborder le sujet sous un angle un peu plus original qu’à l’accoutumée. La religion juive et ses dogmes font partie intégrante du script et participent à la soumission éprouvée par le personnage de Gil. Le long-métrage montre bien les mécanismes de l’emprise sans violence. Celle plus insidieuse et psychologique. La religion sert sournoisement de prétexte au mari pour enfermer et contrôler sa femme. La manipulation mentale, la culpabilisation, la victimisation et un comportement passif-agressif ainsi que tous les leviers pour saper la confiance et la vie de Gil sont dépeints de manière implacable. Sans jamais forcer, avec beaucoup de justesse, le scénario illustre la lente mais palpable descente aux enfers d’une femme qu’on dépouille de son libre arbitre et de son estime de soi. Avec une mise en scène discrète et soignée et un scénario impeccablement dialogué et écrit, le film touche son but avec simplicité et efficacité. Aussi touchant qu’effrayant, Nakache a réussi son entrée dans le cercle des films plus sérieux.
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